Talents Hauts, visibiliser la diversité

II y a ce crapaud qui attend son prince charmant, il y a ces princesses en reconversion de sorcières ou cet auditoire qui en a marre des mariages royaux1… Dans les contes, dans les albums pour tout.es petit.es et les romans pour grand.es ados, les héroïnes et héros de la maison d’édition Talents hauts remettent régulièrement en question les poncifs de genre ancrés dans la littérature jeunesse. « C’est bien le propre du stéréotype que de ne pas être pensé, de dicter notre comportement et d’assigner des personnes à leur identité supposée. C’est tellement inconscient que ce n’est pas questionné. Je souhaitais développer une ligne éditoriale qui ne reproduirait pas ces fausses évidences et saurait fédérer des auteurs et des autrices attentives à déconstruire ces regards sur soi et sur le monde qui limitent nos capacités d’agir dans la société et nous enferment », explique Laurence Faron, créatrice de la maison d’édition en 2005. Tout en choisissant les œuvres pour leur qualité graphique et narrative, la ligne éditoriale multiplie les représentations des personnages, principaux comme secondaires, qu’il s’agisse de leur genre, physique, état de santé ou de leurs milieux familial, ethnique ou social… Parfois c’est le sujet même du livre, parfois ces diversités existent simplement. Connus pour déconstruire le sexisme et les normes de genre, les livres de Talents hauts envisagent les émotions dans leur complexité, abordent régulièrement les questions d’identité et d’émancipation.

Reconsidérer le féminin

Talents hauts, c’est aussi une attention à équilibrer les auteurs et les autrices ou une réflexion sur un langage égalitaire. Le zizi des mots met en vis-à-vis des termes masculins et féminins démontrant le machisme des mots. Autre imagier, Les Animales construit les représentations des femelles, dérogeant au prétendu neutre masculin, et met en avant juments, hases et lionnes. Une visibilisation aussi, loin des dominants historiques, grâce à la collection Les héroïques qui narre les vies de Michée Chauderon, dernière sorcière ou de Yarig, jeune penn sardine de Douarnenez2. Et bientôt avec Mary Sidney, le premier titre de la collection adulte Alias3.

« Nous évoluons pour toujours être à l’avant-garde des débats, prendre en compte les nouveaux enjeux du féminisme, les nouveaux concepts… », précise Laurence Faron. Ainsi harcèlement, exclusion, consentement, pédocriminalité…trouvent place.4 De Flopsy, petit lapin si doux, si blanc … si cynique et imposant ses prétentions, à Eliette, « lapourça » d’Haïti, en passant par Loca et Daboka, indigènes victimes de la déforestation en Amazonie5, les œuvres, de plus en plus en intersectionnalité, s’ancrent dans des problématiques politiques et sociales. Dans cette veine, Oxcéan, dystopie mêlant écologie et résistance à la tyrannie, vient de recevoir le prix Pépites fiction ados du salon de Montreuil. Bref, Talents hauts bouscule les stéréotypes, diversifie les identifications possibles et éveille les consciences et les réflexions. à lire et à faire lire donc. ■

Mathilde Blanchard et Céline Sierra

1. Un jour mon prince viendra / Tout pour devenir une sorcière /

Pourquoi les princesses devraient-elles toujours être tirées à quatre épingles ?

2. La dernière sorcière / La Tête haute.

3. « Mary Sidney, alias Shakespeare ».

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