Le péril fasciste : analyser, endiguer

L’extrême droite au pouvoir est une réalité dans nombre de pays et connaît une forte progression dans beaucoup d’autres. Le poison se diffuse à l’échelle mondiale. Comme le rappelle Ugo Palheta, l’ascension du fascisme s’opère sur fond de crise structurelle du capitalisme, d’instabilité économique, de frustrations populaires, d’approfondissement des antagonismes sociaux (de classe, de race et de genre) et de panique identitaire. Le fascisme n’est à l’ordre du jour que lorsque la crise politique atteint un tel niveau d’intensité qu’elle devient insurmontable dans le cadre des formes établies de la domination politique.

Les processus de fascisation s’expriment de multiples manières, à travers des « symptômes morbides » selon l’expression de Gramsci. Cependant, deux éléments essentiels sont récurrents, quel que soit le sujet support : le racisme et le durcissement autoritaire de l’État comme réponse au délitement de la société.

Nous avons fait le choix de traiter cette question essentielle par un dossier qui court sur deux numéros de la revue. Le prochain numéro abordera notamment la place des médias et l’écofascisme comme terrain idéologique investi par l’extrême droite.

Dans cette revue, nous avons choisi d’approfondir le contexte général en France et dans le monde, ainsi que les questions migratoire et de genre.

D’abord, en constatant que l’extrême droite est déjà au pouvoir. En Europe bien sûr avec l’Italie, la Hongrie, les Pays-Bas. En France, les signes s’accumulent : la forte progression électorale du RN accompagne des poussées autoritaires et une montée des nationalismes identitaires et racistes. Cette dynamique mortifère à l’œuvre est portée au plus haut sommet de l’État : politiques répressives, antidémocratiques, brutalité antisociale, lois « sécurité globale » et « séparatisme ».

Cette course à l’échalote, pour contester les parts de marché électoral du RN par la droite et le gouvernement, a abouti à la fin de l’année 2023 à des victoires idéologiques de l’extrême droite : sa présence lors de la manifestation du dimanche 12 novembre contre l’antisémitisme, qui a légitimement choqué, puis ses votes de la Loi immigration le 18 décembre, qui résulte de la banalisation de l’imaginaire xénophobe – préférence nationale, remise en cause du droit du sol – basé sur de vieux fantasmes d’« invasion » qui n’ont cessé de se renforcer ces dernières décennies.

La ligne « plutôt le RN que la FI » s’exprime plus ou moins ouvertement dans nombre de discours politiques issus du « bloc bourgeois », sur fond de banalisation inédite de l’extrême droite et de ses idées. Elle est légitimée dans le champ médiatique, montrant que bien au-delà de l’empire Bolloré, la mainmise de l’extrême droite sur les médias est de plus en plus prégnante.

Les groupuscules violents, de ceux que l’on nomme « l’ultradroite », font preuve d’un activisme effrayant et de plus en plus débridé. Ils nourrissent l’illusion que l’extrême droite parlementaire aurait renoncé aux idéologies qui ont constitué ses racines. Il n’en est rien. Il n’y a aucune raison de penser que le RN/FN a rompu avec le projet historique de l’extrême droite française : une régénération de la nation et de son unité, fondée sur la volonté d’une mise au pas, et même d’une exclusion de tous les éléments considérés comme allogènes ou sources de divisions (migrant·es, descendant·es de colonisé·es, musulman·es, homosexuel·les, militant·es internationalistes, syndicalistes, etc.)

Mathilde Larrère rappelle que l’extrême droite reste le principal bastion dans le champ politique du masculinisme, le quartier général de l’antiféminisme, même si le patriarcat structure l’ensemble de la société et suscite des violences sexistes dans toutes les couches sociales. L’extrême droite s