Enseignements et prochaines échéances…

Cette année, les élections municipales ont revêtu une dimension nationale, ressemblant à un tour de chauffe pour les écuries des futur·es candidat·es à l’élection présidentielle de 2027. Du programme aux alliances du premier et du second tour, en passant par les meetings ou déclarations des principales personnalités nationales de tous les partis, l’analyse des résultats globaux comme dans les grandes villes clés ont montré que l’enjeu n’était pas limité aux frontières communales. Par la suite, les élections des diverses intercommunalités ont permis de vérifier que la campagne n’était pas vraiment terminée, ou qu’une autre avait déjà pris sa place.

Il nous semble important, en tant que syndicalistes de lutte et de transformation sociale, d’essayer de comprendre ce qui s’est joué pendant cette période électorale et d’analyser la place que les organisations syndicales et leurs militant·es peuvent occuper. C’est également l’occasion de mieux comprendre les logiques territoriales, et d’appréhender les évolutions des rapports de forces issus des législatives.

Y a-t-il une spécificité de ces élections locales se déroulant au plus près des citoyen·nes et des collectifs militants ? Nolwenn Armogathe analyse leur capacité à s’impliquer davantage, notamment dans les quartiers populaires (lire pages 22-23). À travers les réunions de quartiers, les collectifs de soutien ou les débats organisés avec les listes en présence s’ouvrent de nouveaux espaces de réflexion politique qui permettent un pouvoir d’agir, une démocratie plus proche de la population. Comment cela peut-il contribuer à faire reculer l’abstention et pérenniser une démarche d’engagement militant dans le long terme ?

Dans ce contexte, comment les organisations syndicales peuvent-elles s’impliquer tout en gardant leur indépendance ? Alexandra Nougarède et Charlotte Andrieu tirent le bilan de l’implication du mouvement social dans la campagne électorale toulousaine et en particulier celle de l’Union départe- mentale CGT et de la FSU 31 (lire page 21). Une implication difficilement généralisable qui s’inscrit dans une pratique locale ancienne de liens entre le mouvement syndical et les partis politiques de gauche. La CGT, FSU, Solidaires avaient, par exemple, tenu un grand meeting avec LFI-PS-PC-Verts-NPA pendant la lutte sur les retraites et avaient déjà appelé à voter pour les candidat·es Nouveau Front populaire (NFP) en juin 2024.

Un éclairage sur les municipales ne peut faire l’impasse sur la place de l’extrême droite et l’évolution de son ancrage territorial plutôt contrasté (lire page 20) comme l’analyse sociologique du scrutin, notamment concernant l’abstention en hausse (lire page 18-19). L’enquête électorale française menée par Ipsos BVA-CESI École d’ingénieur·es pour Le Monde, le Centre de recherches politiques de Sciences Po (Cevipof) et la Fondation Jean-Jaurès montre un détournement vis-à-vis d’une élection souvent apparue comme jouée d’avance pour 45 % des répondant·es, s’ajoutant à un tableau plus habituel de désaffection de la jeunesse, des quartiers populaires et des zones rurales.

Des éclairages à prendre avec précaution

Enfin, dans la perspective des prochaines échéances de 2027, ce scrutin offre des éclairages permettant de mieux comprendre les enjeux à venir, y compris pour le mouvement syndical.

La question de l’existence d’un vote populaire est régulièrement posée avec, en arrière-plan, un position-nement préférentiel sur le RN. Tristan Haute montre que les classes populaires privilégient l’abstention et que, parmi les votes exprimés, la gauche reste forte, en particulier la gauche radicale, tandis que le vote RN touche une catégorie bien spécifique de cet électorat.

Dans le rapport de force global entre droite et gauche, il apparaît difficile de tirer des leçons générales, car de nombreuses situations très différentes existent entre les communes et aussi entre les grandes agglomérations. Marseille, Nice, Toulouse, Lyon, Saint-Denis,… sont autant de situations particulières. Il y a néanmoins une leçon à tirer, c’est la capacité de l’électorat de droite et d’extrême droite à se fondre pour faire barrage à la gauche, et pas seulement à LFI, de façon parfois très importante en jouant sur la peur du « rouge » comme à Toulouse, où la droite avec 24 000 voix de retard au premier tour finit le second avec 34 000 voix d’avance.

La question de l’unité à gauche sur un programme de rupture sociale et écologique s’est largement invitée au cœur de ces élections, s’inscrivant dans les débats ouverts depuis la victoire du NFP, notamment au sein du Parti socialiste. Un premier bilan montre qu’il apparaît difficile de réaliser l’union contre la droite et l’extrême droite après des mois de division, voire d’anathèmes, et que, de ce fait, même quand elle s’unit, elle a du mal à convaincre et à gagner.

Les enseignements de ce scrutin, complexes, délicats et pas forcément généralisables d’une commune à l’autre, peuvent néanmoins aider les organisations de lutte et de transformation sociale à poursuivre l’élaboration de revendications unifiantes permettant à la fois de définir des alternatives au libéralisme et de mobiliser les couches sociales pouvant se retrouver dans l’abstention ou la tentation de l’extrême droite. ■

Bernard Deswarte et Arnaud Malaisé