Collège et lycée, les annonces de Geffray effraient

Les attaques néolibérales touchent depuis de nombreuses années le second degré. Mais sous la présidence de Macron, les ministres de l’Éducation ne cachent plus leur intention inégalitaire. Dans le second degré, les annonces de Geffray en cette rentrée 2026 combinent une volonté assumée de dégrader le service public d’éducation et des écrans de fumée dont il se sert pour détourner l’attention des vrais problèmes.

PAR LES MEMBRES DE L’ÉQUIPE NATIONALE ÉE-SNES

En cette rentrée 2026, l’expérimentation de la fusion d’écoles et de collèges et la mise en place du plan « 800 collèges » sont les nouveaux avatars d’une volonté d’un enseignement à deux vitesses. En 2019, grâce à une mobilisation massive, les « écoles du socle » étaient mises en suspens. Ce dispositif visait, pour une partie des élèves, à ne pas avoir la même ambition scolaire que pour le reste du pays. Ce sont les élèves de la ruralité et des « banlieues » qui étaient concernés dans cette relégation sociale assumée. Sept ans plus tard, le gouvernement joue sur la baisse démographique pour justifier un plan social énorme.

Dans les zones rurales, 18 départements ont été choisis pour développer l’expérimentation d’écoles in situ dans les collèges. Si les regroupements pédagogiques intercommunaux (RPI) existent depuis des années, quasiment aucun collège n’est concerné. Avec ces fusions se pose la question d’échanges de services inter-degrés alors même que les deux corps (professeurs des écoles et professeur-es en collège et lycée) n’ont pas les mêmes obligations réglementaires : dans le second degré, la crainte est celle d’un alignement des services sur le modèle du premier degré. Plus largement, la question est épineuse dans la FSU car la conception purement disciplinaire du métier défendue par le Snes-FSU ne correspond pas à celle des professeurs des écoles portée par la FSU-SNUipp.

Dans les zones socialement défavorisées, le plan « 800 collèges » ne met pas à jour la carte de l’éducation prioritaire, qui date pourtant de 2015. Il joue la seconde face de cette déréglementation orchestrée en imposant aux collèges des pratiques et des contenus stéréotypés : la mise au pas pédagogique avec l’imposition de méthodes réactionnaires vient y détruire le travail novateur mis en place par de nombreux-ses collègues, mais n’apporte aucun moyens supplémentaires pour les élèves en difficulté. Dès lors, les ambitions ne sont plus les mêmes pour ces élèves dont il devient de plus en plus assumé que l’École n’a pour dessein que de leur donner « les fondamentaux » pour être exploités par un capitalisme dans des professions « en tension » et dévalorisées.

Au lycée aussi, on trie toujours plus

Les réformes du lycée, du bac et l’introduction de Parcoursup ont entraîné une sélection toujours plus accrue et plus inégalitaire des élèves. La Cour des comptes estime même que l’École semble aggraver les écarts de niveau entre les meilleur-es élèves et les moins bon-nes tout au long de leur scolarité. Une bonne partie du Choc des savoirs a été détricotée ou abandonnée (le brevet ne fait pas barrage à l’entrée au lycée, les groupes de niveaux ne sont plus obligatoires), mais demeure la classe prépa-seconde, dispositif de relégation qui provoque une déscolarisation massive de ses élèves, contribuant à la limitation organisée de l’accès au lycée et donc à l’enseignement supérieur.

Les propos du ministre annonçant vouloir faire baisser le taux de réussite aux examens, en mettant l’accent sur la maîtrise de la langue pour durcir la notation, rejoignent ce même objectif. La maîtrise du langage est l’un des premiers éléments de différenciation scolaire et de rupture avec la démocratisation : là encore, une moindre partie des élèves accédera aux études supérieures quand les autres seront relégués à une sortie précoce du système scolaire avec le bagage minimum attendu pour être employables en tant que simples exécutant-es.

« La numérisation à moindre coût crée un système particulièrement fragile : incapable de se protéger des cyberattaques, la baisse idéologique du financement du service public d’éducation entraîne en cette rentrée la désorganisation profonde de bon nombre d’établissements et services de l’administration. »

Numérique éducatif : entre interdiction et frénésie des écrans (de fumée)

Le numérique est aujourd’hui omniprésent dans nos établissements : vie scolaire, pédagogie, communication avec les agent-es comme les usager-es… Cependant, l’équipement manque (peu de postes, obsolètes, mal entretenus) et si dans certains lycées, les élèves reçoivent des ordinateurs, quid des autres élèves ? L’enseignement en visio, même volontariste, fatigue et démotive les élèves, nuit à l’interaction. Les manuels numériques sont complexes à utiliser (chargement lent, zoom, qualité des documents…). Qu’à cela ne tienne, le ministère poursuit sa course effrénée et se lance dans une rénovation expresse du programme de sciences numériques et technologie (SNT) afin que les élèves de seconde suivent une heure hebdomadaire d’enseignement dédiée à l’IA !

Il tente de faire croire que le numérique est LA solution aux problèmes de l’Éducation nationale, sans se préoccuper du coût écologique (énergie dépensée, stockage des données, métaux rares, rebut dans des pays sans droits sociaux), sans s’inquiéter de la surveillance permanente des agent-es, des jeunes et des familles ou se soucier du fait que la qualité des échanges est considérablement dégradée, tout particulièrement vis-à-vis des publics les plus fragiles.

Mais cette rentrée est aussi marquée par les vols massifs de données dans l’Éducation nationale, qui concernent aussi bien les personnels que les élèves. Leur ampleur est bien la conséquence de choix politiques : réduire les dépenses en opérant des coupes dans les services invisibles aux yeux du public, tels que les services informatiques, et/ou en les externalisant. Des sociétés privées possèdent les systèmes de navigation, d’exploitation et les logiciels, d’autres s’occupent de la maintenance du matériel par délégation des collectivités ou stockent les données personnelles.

Cette numérisation à moindre coût crée un système particulièrement fragile : incapable de se protéger des cyberattaques, la baisse idéologique du financement du service public d’éducation entraîne en cette rentrée la désorganisation profonde de bon nombre d’établissements et services de l’administration.

Jamais à court d’idées, fussent-elles en apparence contradictoires, Geffray détourne l’attention des vrais enjeux et oppose un écran de fumée à celles et ceux qui dénonceraient des choix délétères qui renforcent une génération « tout écran » : c’est la très médiatique interdiction des téléphones portables… compliquant la vie de tous-tes en empêchant les élèves de consulter Pronote pour savoir dans quelle salle iels ont cours ou de passer le portillon de la cantine via l’application nécessaire installée sur leur smartphone.

Face à la cohérence des attaques gouvernementales pour affaiblir le service public d’éducation, il ne s’agit plus aujourd’hui de mener des batailles défensives. La volonté du ministère est explicitement d’aller toujours plus loin vers un système qui accentue les inégalités. Pour un collège et un lycée ambitieux et émancipateurs pour toutes et tous, il est grand temps de passer à l’offensive !

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