Une bascule sociale est désormais possible. L’effervescence de la rentrée sociale, avec les mobilisations féministes et en solidarité avec la Palestine, les marches climat du 26 septembre et la journée de grève fonction publique du 29 septembre, la force d’un mois de mouvement lycéen et étudiant, et enfin, la puissance des manifestations du 17 octobre, ouvre un espoir nouveau et un chemin pour faire avancer les revendications de rupture sociale et écologique que nous portons. Alors que dix années de macronisme ont cassé les services publics, aggravé comme jamais les inégalités, favorisé l’autoritarisme et renforcé l’extrême droite tant dans les urnes que dans les esprits, la nécessité d’un changement de politique est brûlante. Celle-ci ne peut être renvoyée, à froid, aux seules échéances électorales. Un mouvement social d’ampleur, notamment sur la question budgétaire, est indispensable et les bases sont déjà bien présentes. La surdité du pouvoir devant les exigences de la jeunesse puis le vide social des annonces de Macron au lendemain du 17 octobre, refusant de répondre sur le fond aux colères sociales qu’il méprise comme il méprise la jeunesse, son choix de l’ordre policier, imposent de poursuivre et amplifier la confrontation avec le pouvoir pour le faire reculer.
La mobilisation de la jeunesse reste active, les assemblées générales continuent à se tenir ces jours-ci. Les week-ends à venir, et d’ores et déjà le samedi 24 octobre, des appels à mobilisation existent : la FSU doit en être partie prenante, partout sur le territoire, sur ses mots d’ordre, aux côtés de nos partenaire syndicaux, pour construire des mobilisations de masse.
Une pleine insertion dans le mouvement social actuel est d’autant plus cruciale que les mobilisations de ces dernières semaines ouvrent un horizon politique qui dément les scénarii politiques écrits à coup de sondages et fait trembler le camp de la réaction et des possédants. Leur crainte se traduit d’ailleurs dans la violence d’État à laquelle la jeunesse, la population et les syndicalistes ont été confrontés. Les mort·es, les mutilé·es et éborgné·es sont du côté des manifestant·es. Comme l’ordre social et économique est remis en cause, le pouvoir bascule dans l’autoritarisme et une inquiétante restriction des libertés démocratiques, imposée avec les couvre-feux et la multiplication des interdictions de manifester. La défense intransigeante des libertés publiques et le refus de la répression forment une question démocratique essentielle. Il s’agit de ne rien laisser passer, de réagir à toutes les interdictions et d’œuvrer à la constitution de cadres unitaires et d’initiatives larges pour défendre les droits lorsqu’ils sont menacés ou bafoués. C’est d’autant plus essentiel que la tentative de backlash orchestrée par le camp de la réaction, mettant en scène le parti de l’ordre face aux revendications sociales, peut être terrible.
La violence d’État et la surdité du pouvoir ont généré une explosion de colère sociale qui s’est également traduite dans les scènes de casse de magasins ou d’infrastructures du week-end dernier, permises aussi par l’impréparation manifeste des préfectures, qui ont préféré s’attaquer aux manifestant·es. Ces événements, instrumentalisés par le pouvoir pour faire oublier les cortèges massifs et déterminés, remettent en scène une contestation qui n’est pas sans rappeler ce que l’historien Eric Hobsbawm nommait les « primitifs de la révolte ». Ils ne font pas partie des modalités d’action du syndicalisme de transformation sociale, qui reste attaché aux mobilisations pacifiques et au développement des conditions nécessaires à la massification du mouvement, absolument indispensable pour renverser le cours des choses. Ils donnent un prétexte – fallacieux – aux interdictions de manifester, s’ajoutant aux fermetures administratives de lycées et d’universités déjà en place en plusieurs endroits pour empêcher la réunion des étudiant·es et lycéen·nes sous prétexte de calme et d’ordre, une forme de lock-out de la contestation sociale. On voit par ailleurs un très dangereux deux poids deux mesures se dessiner quand, à Lyon, une manifestation de néonazis est laissée librement se dérouler en plein couvre-feu ! Le défi est réel pour contrecarrer la tentative du pouvoir politique et médiatique, comme de l’extrême droite aux aguets, de retourner le sens des mobilisations, voulant les réduire à une destruction nihiliste, une forme de violence gratuite, ou voulant criminaliser certaines organisations, notamment le syndicalisme de transformation sociale, et au premier plan la CGT, ou sur le terrain politique la FI ou le NPA. Si le pouvoir allait au bout de ces menaces d’interdictions, les passerelles entre droite et extrême droite deviendraient énormes et seraient largement délétères pour notre camp social.
Le macronisme finissant, après avoir piétiné la démocratie sociale, les corps intermédiaires avec notamment la loi travail deuxième du nom et la loi de transformation de la fonction publique, convoque maintenant les organisations syndicales pour discuter de la réponse à la crise dans son propre agenda et sur ses propres analyses. Le syndicalisme peut poser un ultimatum social à ce pouvoir, chaque jour passant de plus en plus illégitime, et l’imposer dans la rue pour que les milliards attendus par la jeunesse, pour les hausses de salaire, la bifurcation écologique et les services publics dans l’intérêt du plus grand nombre, soient enfin rendus par les possédants et que les libertés publiques soient au cœur des débats.
Confrontée à une absence de réponse politique, la mobilisation de la jeunesse devrait se poursuivre à la rentrée des vacances. Dans l’éducation, la rentrée ne peut être « normale » et, pour le salariat, la journée de grève interprofessionnelle pour la hausse des salaires et la défense des services publics du 5 novembre constitue un moment clé, dont nous devons dès maintenant penser et préparer les suites. La journée du 5 ne doit pas être une grève comme les autres mais installer dans le rapport de force face au gouvernement la perspective d’une grève générale. La tâche du syndicalisme de transformation sociale est d’organiser la généralisation de la mobilisation partout où c’est possible.
A quelle échéance la reconduction de la grève du 5 est-elle envisageable ? Faut-il construire une mobilisation très large de l’ensemble du mouvement social un week-end pour organiser des manifestations populaires encore plus massives que le 17 octobre afin d’imposer des réponses à la colère sociale et de protéger les libertés démocratiques ? Faut-il organiser une montée à Paris ?
crédit image : source (c) Jean Paul Romani
