Intervention introductive de l’ÉÉ dans le débat général
Ce CDFN, le premier de l’année, se tient au lendemain d’une journée de grève qu’il nous faut interpréter.
Pour autant, il ne suffit pas de compter le nombre de grévistes ou de manifestant·es pour avoir une lecture d’un climat social. On peut se réjouir de manifs fournies et dynamiques. Un taux de gréviste pas si mal avec des collègues en difficultés financières pour faire grève mais un ratio grévistes/manifestant·es très intéressant. Et la journée d’hier dans le climat actuel, avec le risque que cette date apparaisse un peu comme un marronnier et comme une seule journée de témoignage est plutôt intéressante car cela n’a pas été le cas.
Elle a permis que, même dans la presse mainstream, on parle massivement du décrochage salarial dans la fonction publique, on parle des conditions de travail.
Pour autant, nous avons dès aujourd’hui une forme de responsabilité, en effet il nous faut se projeter sur les suites et que la FSU soit force de proposition pour ces suites au niveau interpro, au niveau fonction publique et dans les services publics où elle est particulièrement implantée comme l’Éducation car c’est ainsi un message pour dire qu’on croit au rapport de force pour faire reculer les attaques libérales. L’enjeu est de construire cela nationalement et localement car multiplier les initiatives localement cela permet aussi de peser sur le rapport de force national.
Ici, je voudrais dire quelques mots sur ce qu’il se passe dans de plus en plus de lycées, plus seulement en Île-de-France, les lycéen·nes se mobilisent contre le manque de moyens et le gouvernement fait le choix d’une répression et d’une instrumentalisation féroce en faisant croire que le soutien vaut instrumentalisation. C’est inacceptable. Comme les déclarations de Nunez qui se réjouit de placer 440 gamins en garde à vue, c’est inacceptable. La jeunesse qui se mobilise pour son avenir, c’est pour nous une lueur d’espoir d’un monde meilleur. La violence de la répression policière met en évidence la bascule autoritaire d’un gouvernement illégitime qui n’a plus que la matraque pour tenir. Il parait indispensable qu’en plus du communiqué des syndicats du second degré, il nous faut un communiqué fédéral sous forme de motion du CDFN pour dire notre soutien aux revendications et notre refus de toute violence envers les jeunes.
La réussite des mobilisations pour une loi intégrale avec un budget alloué, les manifestations du 20 contre le permis de tuer voulu par une alliance objective de la droite et de l’extrême droite, les manifestations climat du 26 sont autant de signaux forts que l’année à venir ne sera pas juste une année doublement électorale, que la rentrée, heureusement, n’est pas atone.
L’urgence de la rupture écologique que nous portons et qui a été mise en lumière par la canicule meurtrière de cet été ne doit pas s’effacer. Il nous faut démontrer que le capitalisme par sa volonté prédatrice et d’accumulation de la richesse produite par les travailleurs et la terre aux mains de quelques-uns (je n’ai pas féminisé) accélère encore plus la fin du monde que nous connaissons. Nous devons être résolument l’organisation syndicale écolo, antiraciste et féministe.
Pour autant, dans cette période complexe, notre tâche syndicale ne peut s’arrêter là, nous devons donner à voir et comprendre les liens entre les politiques austéritaires, la nécessaire rupture écologique, la défense des droits et des libertés. Montrer cela c’est aussi faire un véritable travail de conviction syndical contre l’extrême droite.
Notre tâche ne s’arrête pas là car nous avons toutes et tous déjà un peu la tête dedans mais les élections professionnelles arrivent et nous en reparlerons demain. Mais on peut déjà se dire que les élections pros reposent d’abord et avant tout sur l’implantation et la reconnaissance des militant·es syndicales sur le terrain mais aussi sur un profil de syndicalisme combatif, portant un projet pour la société, à vocation majoritaire et incarné sur le terrain. Il nous faut durant cette campagne réveiller l’espoir dans une période aussi dure.
Et pour réveiller cet espoir on ne peut se contenter de noter les mauvais coups mais il nous faut porter à nouveau un projet ambitieux pour l’éducation, pour la fonction publique, pour la justice et la solidarité. Il faut que notre syndicalisme soit celui qui défend les conditions de travail et les salaires mais qu’il soit celui aussi qui porte un projet de changement radical et de rupture avec le capitalisme écocide. En bref, continuer la double besogne que nous portons depuis 120 ans.
Enfin, et ce n’est pas le plus simple, il va falloir réfléchir à comment se projeter dans la période des élections politiques sans aucune récupération et en refusant d’être la moindre courroie de transmission, mais pour mettre la force des militant·es syndicaux pour battre l’extrême droite et porter un autre futur.
Pour cela, il va nous falloir imposer les revendications du monde du travail dans le débat public : augmentation des salaires avec échelle mobile, retraite à 60 ans à taux plein, 100% sécu, égalité femmes hommes, condition de travail et développement des services publics, argent public à l’école publique… récupérer ce qui est à nous et qu’on nous a volé depuis des années. C’est dans ce cadre que la période électorale sera un moment riche pour faire vivre avec les personnels nos revendications.
