Lutter contre le projet politique de démassification scolaire

Intervention de l’ÉÉ dans le débat général

Pendant les presque 200 dernières années, en France, on a assisté à un phénomène historique et presque continu de massification scolaire, même si cette massification a connu des vagues d’accélérations. Même si l’objectif des politiques mises en œuvre n’a pas toujours été, tant s’en faut, l’émancipation des jeunes, le résultat est, au début du 21e siècle, un accès très généralisé aux connaissances, aux diplômes, aux qualifications. 

Certaines avancées dans l’accès aux savoirs et au diplôme ont été majeures, comme l’allongement de l’obligation d’instruction, la création du bac pro, la création des IUFM. Ceci contribue au projet social de la FSU, l’émancipation des citoyen·nes. Ce projet, on le sait, est très loin d’être achevé. Mais le diplôme est et reste « l’arme des faibles ».

Or l’école subit depuis plusieurs années une politique cohérente et massive de remise en cause de cette évolution historique.

On peut citer notamment la mise en place de la loi ORE dans le sup, de parcoursup, de la réforme du lycée GT. Je les cite dans cet ordre, car le projet est bien de fermer les portes du supérieur, puis de décliner cette démassification en amont.

La philosophie de ces réformes est claire : tou·tes les jeunes n’ont pas vocation à faire des études supérieures. Tou·tes les enfants n’ont pas vocation à aller à l’école longtemps. Toutes les personnes n’ont pas vocation à apprendre, au-delà de ce qui leur est nécessaire pour produire.

C’est ainsi qu’on peut comprendre la succession de suppressions de postes et de fermetures de classes et d’écoles, accélérées encore à la rentrée. Mais aussi le fort appauvrissement des programmes, notamment dans le premier degré : les enfants qui n’ont que l’école pour accéder aux savoirs scolaires sont ainsi cantonné·es à appliquer, à reproduire des recettes, sans doute pour apprendre à être de bons exécutant·es.

Les derniers avatars de cette politique consistent notamment dans les annonces sur la baisse du taux de succès au brevet et au baccalauréat. Mais aussi le retour de la classe prépa-seconde, qui n’a pas pour but d’améliorer l’accès aux lycées ni de diminuer taux de sortie sans diplôme, mais de fermer les portes des lycées à certain·es élèves. Sans compter la très forte hausse des frais d’inscription pour les étudiant·es étranger·es, qui annonce inévitablement la hausse généralisée pour tou·tes les étudiant·es, alors même que de plus en plus d’étudiant·es travaillent pour payer leurs études.

Tout cela forme une politique cynique, une politique de reproduction sociale assumée.

Elle a aussi pour but d’alimenter les écoles et officines privées, y compris dans le supérieur. Il s’agit d’appauvrir, de dépouiller, d’affaiblir le service public d’éducation / et de laisser la concurrence libre et non faussée du privé s’accaparer une nouvelle clientèle.

Pour la FSU : la massification et surtout la démocratisation scolaire doivent reprendre. Il y a urgence pour l’égalité des droits des enfants et pour l’accès égal aux savoirs et aux diplômes. L’école privée doit être nationalisée, l’école publique doit être confortée, financée, remise au centre de la société. Ses personnels doivent être reconnus et revalorisés, à commencer par les AESH, au centre des tensions de l’inclusion scolaire, avec qui la FSU appelle à une journée de mobilisation le 9 juin. Comme la bataille pour le statut de ces collègues, le combat pour la scolarisation de toutes et tous les enfants dans une école publique ambitieuse est un combat fédéral.

Notre fédération porte l’école pour toutes et tous au cœur de son projet syndical. Lutter contre le projet politique de démassification est donc un de nos combats principaux.