QUAND LE TRAVAIL MENACE NOS VIES.

Les épuisantes périodes de canicule de cette année et l’obligation de travailler dans les « bouilloires thermiques » que sont la plupart des bâtiments publics, et entre autres les écoles et établissements scolaires (voir p. 24), sont venues rappeler une évidence : des conditions de travail dégradées ont un impact négatif sur la santé et concernent l’ensemble des travailleur.ses. Mais la dégradation constatée de la santé des agent.es du secteur public observée ces dernières années ne peut pas être imputée aux seules canicules de 2026 : réduction des effectifs, politiques du chiffre, exposition aux polluants, souffrances éthiques… Les atteintes à la santé sont nombreuses chez des fonctionnaires peu protégé·es par leur employeur.

Organisation néolibérale du travail pathogène

Le nombre de jours d’arrêts maladie augmente, qu’il s’agisse du secteur public ou privé. L’intensification du travail, obtenue via le « management » néolibéral par la performance individuelle et la mise en concurrence des individus, a fragilisé les collectifs de travail et augmenté les risques psycho-sociaux, aux effets délétères pour la santé des salarié.es, voire pour leur vie, avec des spécificités ravageuses dans le public (voir p. 18).

L’épidémie de cancers en France, sur laquelle alertent actuellement des médecins et associations, a des causes sociales invisibilisées, encore plus pour les femmes ; certaines de ces causes sont liées au travail (voir p. 20). C’est par exemple le cas pour les cancers liés à l’amiante. Les universités ne sont, dans ce domaine, pas épargnées (voir p. 25).

Il est toutefois très difficile de faire reconnaître ces maladies comme professionnelles et donc de les comptabiliser. Mourir sur son lieu de travail est aussi un phénomène en augmentation, qui touche de plus en plus des jeunes en stage (voir p. 22).

Casser le thermomètre et entraver l’action collective

Tout à sa logique comptable et productiviste à court terme, au lieu de chercher à lutter contre les causes de ces arrêts maladie en augmentation et de ces morts au travail, le gouvernement réduit toujours plus les droits des travailleur·ses et cherche à diminuer les prescriptions d’arrêts maladie, comme si casser le thermomètre allait guérir le malade de sa fièvre.

Or, c’est bien aux causes de cette dégradation de la santé au travail qu’il faut s’attaquer et le rôle des organisations syndicales reste essentiel pour cela, bien que les capacités d’action des syndicats dans ce combat aient néanmoins été délibérément et drastiquement affaiblies par les gouvernements macronistes. Dans le secteur privé, la loi « Travail 2 » de 2017 a ainsi retiré l’essentiel de leur pouvoir aux CHSCT[^1] du secteur privé, devenus F3SCT[^2]. Dans la fonction publique, où l’impuissance des CHSCT était soigneusement organisée de longue date, le passage aux F3SCT, imposé par la loi Transformation de la fonction publique de 2019, a surtout surchargé de travail des représentant·es des personnels moins nombreux.ses sans rendre la protection des agent·es effective.

Par ailleurs, au contraire de la question salariale, la santé au travail est trop rarement considérée comme un champ de revendications collectives prioritaire par les travailleur.ses. Pour celles et ceux dont la santé est altérée par le travail, le combat contre la maladie est prioritaire, s’accompagnant parfois d’un combat pour faire reconnaître l’origine professionnelle de la maladie. La participation à des luttes collectives est donc alors secondaire, voire impossible. Pour les autres, il peut être difficile de les mobiliser pour obtenir des mesures préventives sur la base de risques encore non avérés dans leur cas.

Nouveaux risques, nouveaux droits

Dans un contexte de stigmatisations et de réductions des droits aux congés maladie et du report de l’âge de départ à la retraite, la santé au travail reste, en France comme ailleurs, un enjeu syndical majeur. La protection des travailleur·euses sur leur lieu de travail est en perpétuelle évolution tout comme les revendications des syndicats. Ainsi, la crise climatique actuelle appelle de nouveaux droits (voir p. 23). Intimement liées au travail quotidien des collègues, ces questions donnent aux organisations syndicales l’occasion de les faire discuter ensemble et d’augmenter leur prise de conscience de la nécessité de l’action collective. ■

Mathilde Blanchard, Claire Bornais, Marie haye et Émilie Moreau.

  1. Comités hygiène, sécurité et conditions de travail.
  2. Formation spécialisée santé, sécurité et conditions de travail. (émanation du comité social et économique (CSE) dans le secteur privé. et du comité social d’administration (CSA) dans le secteur public).

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