L’amiante est un problème qui ne touche pas seulement le bâti scolaire : les bâtiments des universités françaises sont tout aussi concernés, exposant potentiellement les personnels et les étudiant·es. Et spécificité du supérieur, c’est aux établissements que reviennent la responsabilité et la charge de l’entretien des bâtiments, depuis la réforme de l’autonomie des universités de 2007. Conformément aux incitations récurrentes des différents ministres de l’enseignement supérieur, de plus en plus d’universités sont même devenues propriétaires de leurs bâtiments, quel que soit leur état. Mais, à mesure que se dégradent les bâtiments anciens, les budgets austéritaires réduisent les capacités d’investissements des universités pour les entretenir ou les réhabiliter.
À l’université Paris Nanterre, deux bâtiments sur trois sont antérieurs à 1997, date d’interdiction de l’usage d’amiante, et ses bâtiments historiques, construits au début des années 1960, accueillent la très grande majorité des étudiant·es. On y trouve de l’amiante principalement dans la colle des sols, mais chaque campagne de sondages révèle de nouvelles surprises. Le sujet, évoqué en formation spécialisée santé, sécurité et conditions de travail (F3SCT) par les élu·es, suscite toujours une certaine hostilité de la part de l’administration. « Circulez, il n’y a rien à voir », est en substance la réponse apportée aux questions posées ou aux demandes de mise à jour du dossier technique amiante.
Depuis 2024, deux alertes pour danger grave et imminent ont été déposées par la FSU. Dans la première alerte, un protocole de travaux défini par l’université n’avait pas été respecté par les entreprises sous-traitantes, aboutissant à la dégradation et au retrait de dalles de sol, exposant ouvrier·es et personnels. Et c’est la vigilance des collègues, et non le suivi des travaux, qui a mis au jour le danger. Dans la seconde alerte, concernant là aussi la dégradation de colles amiantées, les mesures faites dans les bureaux avaient révélé la présence d’amiante dans les débris de murs causés par le passage de souris, alors même que ces murs n’avaient pas été identifiés comme contenant de l’amiante.
L’absence de transparence dans la gestion de l’amiante n’incite pas à la confiance, alors que les employeurs ont l’obligation de protéger la santé des personnels et étudiant·es. ■
Julie Robert
