En 2023, Eurostat[^1] a recensé 2,8 millions d’accidents du travail (AT) dans l’Union européenne, dont 3 298 mortels. La France enregistre 811 décès, près du double de ses voisins. Ces chiffres totalisent ceux de la Mutualité sociale agricole, de la Caisse des agent·es territoriaux et de l’Assurance maladie. Cette dernière donne 759 AT mortels[^2] mais avec les accidents de trajet et les maladies professionnelles, les décès grimpent à 1 287, un chiffre en hausse. Une « hécatombe invisible » selon Mathieu Lépine, qui recense, depuis 2019, les AT mortels, plus fréquents dans la construction, les transports, l’industrie et l’agriculture. Les hommes, majoritaires dans ces secteurs, sont les plus exposés, mais les AT augmentent chez les femmes. Pourtant, le gouvernement et le patronat entendent économiser 800 millions sur les indemnités journalières, après les avoir limitées à quatre ans par décret en juin.
Les moins de 25 ans sont 2,5 fois plus exposé·es[^3]. En 18 mois, une dizaine[^4] de collégien·nes et lycéen·nes sont mort·es en stage. C’est le terrible résultat de choix politiques. Depuis 2015, l’affectation des mineur·es à des travaux dangereux n’est plus soumise à autorisation de l’Inspection du travail, qui a perdu 30 % de ses effectifs en dix ans. En 2018, la loi pour la liberté de choisir son avenir professionnel a diminué la protection des mineur·es au prétexte de développer l’apprentissage. Depuis 2023, les périodes en entreprise se sont multipliées dans la voie professionnelle, réduisant le temps en formation initiale : les élèves sont moins formé·es aux risques professionnels, méconnaissent leurs droits ou n’osent pas les faire respecter. En 2de générale et technologique (GT), deux semaines de stage ont été introduites. Plusieurs organisations syndicales, dont la FSU, revendiquent la suppression des stages en 3e et 2de GT, et ont, à la rentrée 2026, fait échec à l’augmentation de 50 % des semaines de stage en voie pro voulue par Macron. Certaines, comme la CGT, prônent l’interdiction de l’apprentissage avant 18 ans. La FSU porte une scolarité obligatoire pour tous et toutes jusqu’à 18 ans. La place des jeunes est avant tout à l’école : c’est aussi une question de santé au travail. ■
Marie Haye et Émilie Moreau
- https://www.touteleurope.eu/economie-et-social/accidents-et-morts-au-travail-la-france-herite-d-un-triste-record-europeen/
- https://www.assurance-maladie.ameli.fr/sites/default/files/rapport_annuel_2023_de_lassurancemaladie-_risques_professionnels_d%C3%A9cembre_2024.pdf
- https://www.inrs.fr/header/presse/cp-accidentologie-jeunes.html
- Ni le ministère de l’Éducation nationale ni le ministère du Travail ne sont en mesure de fournir des chiffres précis.
