Plusieurs municipalités sont passées aux mains du Rassemblement national (RN) lors des dernières élections municipales. On pouvait penser que le « nationalisme » municipal ferait profil bas et creuserait le sillon de la propreté et de la sécurité en attendant 2027. Or, signe de la prise de confiance dans les possibilités de s’attaquer aux droits, certains des nouveaux maires RN passent à l’offensive
■ PAR Bernard Deswarte
à Carcassonne, la FSU constate que depuis son arrivée, Christophe Barthès, le nouveau maire RN, multiplie les menaces et les actes portant atteinte aux libertés : arrêté interdisant la mendicité, suppression des drapeaux européens, retrait du local et des suventions à la Ligue des droits de l’Homme, menaces sur les réseaux sociaux à l’encontre de jeunes lycéen·nes voulant créer un collectif anti-RN, campagne d’affichage de la municipalité sous le slogan « Le ménage, c’est maintenant »… Lors du conseil municipal d’avril, le maire a annoncé vouloir reprendre les locaux aux organisations syndicales CGT, CFDT, FSU et Solidaires sous prétexte de leur soutien à la mobilisation de lycéen·nes et étudiant·es contre le RN. Malgré la mobilisation unitaire, il persiste et signe. Il met en pratique ce que la politique du RN laisse entendre tout bas : le RN s’attaquera à toutes les structures démocratiques qui s’opposeront à ses idées, et les organisations syndicales sont une cible prioritaire. La CGT de Saint-Avold dans le bassin minier lorrain en sait quelque chose : sa fête annuelle a été interdite par l’édile RN nouvellement élu. Dans le bassin minier du Nord à Liévin ou à Grenay, c’est au 1er Mai que les élu·es du RN se sont attaqué, en interdisant les traditionnels défilés ou hommages aux mineurs.
Le RN contre la culture
Autre secteur à faire les frais de cette orientation, la culture. Pour l’extrême droite elle représente de tout temps un danger mortel : les contenus sont subversifs et les artistes trop indiscipliné·es et incontrôlables. C’est ainsi qu’à La Flèche, dans la Sarthe, la nouvelle municipalité RN a baissé drastiquement les subventions aux associations culturelles et de solidarité internationale. Le Carroi, principal acteur culturel de la ville, se voit ainsi amputé d’environ un tiers de sa subvention de fonctionnement. L’ensemble des activités gratuites, et donc accessibles aux plus démuni·es, sera ainsi impossible à maintenir. C’est une volonté de mise au pas par le budget et c’est aussi, comme à Carcassonne, une punition pour avoir averti des conséquences d’une arrivée du RN à la mairie de la Flèche, et de l’importance de s’y opposer. Au-delà, il s’agit de censurer des contenus et d’affirmer un enjeu politique de transmission d’un roman national fantasmé, comme l’exprime le maire de Moissac, Romain Lopez, qui explique tranquillement en plein conseil municipal que « la culture est là pour instruire sur nos racines et notre patrimoine français ! On ne va pas financer des événements pour découvrir la culture des Papous. »
Les mairies RN sont des laboratoires pour tester les résistances face à ces mesures autoritaires et répressives. Elles préparent le terrain à une offensive plus généralisée si ce parti détenait une part plus importante du pouvoir au niveau national. Elles servent aussi de poissons-pilotes aux mairies de droite qui veulent s’en prendre aux associations qui aident les immigré·es, soutiennent les Palestinien·nes ou s’impliquent dans la défense des droits LGBTQIA+. À Toulouse, la municipalité a interdit une expo photos sur la Palestine et un spectacle de Drag Queen, et ses attaques contre la LDH s’inscrivent dans cette même dynamique répressive.
Il est nécessaire que les organisations démocratiques, dont nos organisations syndicales, dans l’unité, prennent à bras le corps cette réalité et s’impliquent dans le combat antifasciste. Dans les villes concernées, des collectifs unitaires larges se sont mis en place. Il faut dès maintenant élargir cette dynamique au plan national.
Il est aussi impérieux de convaincre, y compris dans notre camp, que le RN au pouvoir montrera sa vraie nature et qu’il attaquera frontalement l’ensemble du corps social qui pourrait lui résister. N’oublions pas qu’on a déjà essayé dans l’histoire le totalitarisme dont est issu le Rassemblement national, et que le prix à payer pour s’en débarrasser est extrêmement élevé. ■
