L’ensemble du secteur associatif est aujourd’hui en situation de grande précarité face à la politique austéritaire menée par les gouvernements successifs. Le milieu associatif est menacé dans ses missions, notamment au vu du budget 2026 de Lecornu ayant entraîné une baisse de 221 millions d’euros des dépenses consacrées aux associations et à la jeunesse.
■ PAR Aurore Kessai et Elsa Tremel, membres du conseil syndical d’Asso-Solidaires
Asso-Solidaires, membre de l’Union syndicale Solidaires, est un syndicat des travailleur·ses du secteur associatif, créé en 2010, pour parler des conditions de travail dans les petites associations, où la barrière salariat / militantisme est fine et dont les sujets se sont élargis. Comme tout syndicat, notre but est de préserver nos emplois et d’améliorer nos conditions de travail avec comme singularité que nos patron·nes se prévalent de valeurs dites de gauche. On rappelle que le secteur associatif emploie 1,6 million de salarié·es aujourd’hui, dans des secteurs aussi divers que le sport, le périscolaire, la culture, la solidarité internationale, le médicosocial…
L’article 1 des statuts de la loi 1901 prévoit que « l’association est la convention par laquelle deux ou plusieurs personnes mettent en commun, d’une façon permanente, leurs connaissances ou leur activité dans un but autre que de partager des bénéfices ». Il était acquis jusqu’à la fin des années 1990 que les associations, actrices importantes de la vie de la cité, pouvaient bénéficier de financements publics pour organiser leurs activités. Les années 2000, marquées par l’avancée des politiques néolibérales, ont entraîné la mise en place de politiques austéritaires ayant eu deux conséquences principales pour les associations : la baisse générale des financements publics, remplacés souvent par la mise en place de dispositifs d’aide à l’emploi qui nous précarisent (emplois-jeunes, volontariat en service civique, contrats d’insertion, etc.) et la prise en charge de missions de service public permettant à l’État de sous-traiter à moindre coût les missions qui lui reviennent.
Les diminutions et suppressions de subventions publiques amènent les associations à revoir à la baisse les missions qu’elles prennent en charge et/ou à chercher des financements privés. À cela s’ajoutent les attaques continues contre les libertés associatives. On peut citer la loi séparatisme, la création du contrat d’engagement républicain et le conditionnement de plus en plus clair des financements publics à des projets conformes à un objectif de société réactionnaire. Les coupes de subventions des Plannings familiaux par les collectivités territoriales, un peu partout en France, en sont un exemple.
Pressions sur les associations
Dans ce contexte, les associations sont particulièrement vulnérables face aux pressions financières de l’extrême droite et à ses financements douteux. Le projet Périclès porté par Pierre-Edouard Stérin lui permet d’apparaître comme un philanthrope soucieux de la vitalité du secteur associatif qui assure des missions de service public indispensables, tout en promouvant une baisse substantielle des dépenses de l’État, d’après le modèle libertarien qu’il soutient. Il s’agit pour lui d’être perçu comme une alternative à ces financements publics afin de promouvoir un modèle de « charité » et de philanthropie. C’est surtout une façon d’instiller ses idées réactionnaires.
De notre point de vue, sans être nouveau, tout cela fait augmenter les tendances brutales déjà à l’œuvre, avec des conséquences dramatiques sur nos conditions de travail. En effet, la recherche de financements, de plus en plus précaires et conditionnés, est chronophage et entraîne des conflits de valeurs pour de nombreux·ses salarié·es. La transformation des missions pour rendre « conforme » le travail des associations aux politiques menées par le gouvernement mène à une perte de sens de nos emplois. La dégradation des conditions de travail et d’accueil du public a une incidence sur la santé mentale des salarié·es ainsi que sur celle des personnes accueillies. La liberté d’expression des salarié·es et de leurs représentant·es est menacée, car toute prise de parole politique individuelle (même en dehors du cadre du travail) peut être utilisée contre l’association, depuis la mise en place de la loi séparatisme. Par exemple, une camarade de Lille a vu son association perdre une part importante de ses financements après une action dans le cadre de l’expulsion d’un campement dans lequel elle intervenait.
Les associations dites de gauche sont par ailleurs amenées à intégrer des idées conservatrices afin d’accroître leurs recettes ou de plaire à des élu·es locaux·ales : promotion du service national universel qui militarise notre jeunesse ou partenariat avec le Puy de Fou pour la Ligue de l’enseignement, licenciement de femmes voilées ou discriminations de volontaires en service civique au nom de la laïcité en dehors de toute « délégation de service public » dans plusieurs associations…
Des milliers d’emplois disparaissent
Mediapart annonçait en avril 2026 un plan de licenciement silencieux de 12 305 emplois, mais notre quotidien syndical de terrain montre que cela pourrait être beaucoup plus. Au-delà des plans de licenciements dans des associations comme Aides, Action contre la faim et encore bien d’autres, les associations voient leurs effectifs baisser de manière générale, y compris par des licenciements cachés. En effet, nous assistons à une multiplication des ruptures conventionnelles, à des départs à la retraite ou des fins de contrats non remplacés, voire à une augmentation des licenciements pour faute, afin d’éviter les licenciements économiques.
Les conséquences sur nos conditions de travail sont terribles avec des employeur·ses souvent bénévoles cherchant des solutions dans le secteur privé lucratif et qui sont bien souvent incapables de défendre un modèle associatif fort de ses valeurs de solidarité, d’indépendance et de démocratie.
Tout cela s’accompagne d’un fait nouveau dans notre secteur : la répression syndicale généralisée. Même si notre syndicat se positionne régulièrement face aux attaques contre les associations et aux baisses de financement, nous constatons trop fréquemment que les valeurs prônées par certaines associations ne sont pas respectées quand il s’agit des demandes et droits de leurs salarié·es, avec de la répression contre les élu·es au conseil social économique (CSE) ou des militant·es syndicaux·ales : aucun problème économique ne peut justifier cela !
L’urgence nous amène à travailler à la sauvegarde de nos emplois et à l’amélioration de nos conditions de travail dans ce contexte de plus en plus contraint par les politiques austéritaires et réactionnaires. Cependant, pour que nos conditions de travail s’améliorent, nous œuvrons à travailler syndicalement sur un modèle associatif assurant une démocratie interne, indépendant de tout pouvoir (public ou privé). ■
