Périscolaire : un plan d’urgence pour professionnaliser l’animation – ENTRETIEN AVEC Elise Rabdeau, animatrice, membre du conseil du syndicat Supap-Fsu

Ces dernières semaines ont été marquées par une mise en lumière médiatique des violences au sein du périscolaire parisien et la mobilisation intersyndicale des personnels.

Élise Rabdeau est animatrice, membre du conseil du Syndicat unitaire des personnels des administrations parisiennes^1 (Supap-FSU) qu’elle représente auprès de la Direction des affaires scolaires (Dasco) de la Ville de Paris. Elle nous éclaire sur ces sujets et rappelle les exigences de protection des enfants comme de professionnalisation des métiers de l’animation.

► Le périscolaire est sous le feu des projecteurs, notamment à Paris, suite à de nombreuses affaires de violences sur les enfants. L’ampleur du phénomène vous surprend-t-il ?

Pour le Supap-FSU, il n’y a malheureusement pas de surprise. Nous condamnons toutes les violences sans exception. Elles existent et il est essentiel d’en prendre collectivement conscience. Depuis des années, nous alertons régulièrement la Ville sur la précarité de l’emploi, le manque de moyens humains et financiers et l’importance de formations diplômantes : comprendre le processus des violences éducatives et sexuelles/avoir des outils pour les éviter et les combattre.

Syndicalement, nous revendiquons la professionnalisation des métiers de l’animation ainsi qu’un plan ambitieux pour un accueil des enfants de qualité : plus de professionnel·les, des taux d’encadrement augmentés, une filière déprécarisée.

Avant cette bascule vers la tolérance zéro, la politique de la Ville consistait plutôt à ne pas faire de vagues : beaucoup de déplacements de personnels que ce soit pour les violences sexuelles (VS) ou les violences éducatives ordinaires (VEO), sans en informer les collectifs de travail et les familles.

Il faut d’abord s’accorder sur une évidence, sur le terrain des VS, les agresseur·ses sont présent·es dans les métiers liés à l’enfance. Donc, le périscolaire est particulièrement sensible. Cette évidence partagée devrait amener à une attention particulière en termes de taux d’encadrement ou de formation, comme c’est le cas à Paris pour la petite enfance.

Or ce n’est pas du tout la situation du périscolaire parisien. Sur environ 12 000 agent·es, plus des deux tiers sont des vacataires, c’est-à-dire précaires et non formé·es. C’est incompréhensible au vu de l’importance de l’éducation et de la protection des enfants. Mais pire, le manque chronique d’effectifs fait que même les personnels formé·es, y compris à détecter les signaux faibles de violences, peuvent se retrouver en difficulté. Moins il y a de personnel, plus l’enfant sera isolé·e et/ou invisibilisé·e dans le groupe.

Quant aux VEO, comment exercer correctement son métier sans être formé·e, sans connaître les besoins des enfants, sans outils d’éducation populaire ? Il ne s’agit surtout pas d’excuser une seule violence : elles n’ont pas leur place, ce n’est pas négociable. Mais sans changement structurel, il n’y a aucune chance que cela s’améliore de façon notable et pérenne. C’est sur ces bases que nous avons appelé à la grève.

► Quels sont les enjeux actuels du périscolaire face à cette situation ?

Si l’on veut vraiment répondre aux enjeux de prévention, de détection et plus généralement avoir une ambition à la hauteur des missions éducatives qui sont les nôtres, il n’y a pas de raccourci : l’animation doit se professionnaliser. Cette question traverse tous les territoires : les grandes villes comme les territoires ruraux. Il faut donc sortir des situations locales, ce doit être un débat national. Il s’agit d’abord d’avoir des personnels formé·es, en nombre suffisant partout sur le territoire.

De la même façon que dans plein de métiers, mais avec la particularité du public que nous avons en charge, la question de la formation est centrale. Avoir les bons gestes, les bons mots, la bonne posture, savoir détecter, recueillir… tout cela s’apprend !

Au-delà de notre formation, il faut sortir les personnels de la précarité. Être vacataire à la Ville de Paris, c’est n’avoir aucun temps de préparation, aucun temps de réunion et donc aucune professionnalisation commune.

Un des éléments les plus scandaleux du croisement entre la politique de la tolérance zéro et l’emploi de vacataires, c’est qu’en cas de signalement (et s’il n’y a pas de plainte) le ou la vacataire est mis·e « hors circuit », du jour au lendemain, avec peu d’accompagnement de la Ville, sans enquête administrative et donc sans aucune justice pour les victimes. L’auteur·ice pourra poursuivre ses agressions ailleurs mais si les faits ne sont pas avérés, iel n’aura aucune possibilité de retrouver son poste.

C’est pourquoi, il ne saurait y avoir de professionnalisation sans revalorisation. Que ce soit nos métiers ou nos salaires – comme pour tou·tes les fonctionnaires – avec l’ouverture de réelles perspectives de carrière comme, par exemple, la création de postes de catégorie A de directeur·ices périscolaires.

Enfin, il y a toute la question des dispositifs de contrôle et des sanctions qui sont à revoir. Je le redis, le Supap-FSU est intransigeant sur ces questions. Mais le cadre d’exécution actuel, le regard social autour des mesures conservatoires – qui sont pourtant des mesures de protection permettant d’établir les faits après une enquête impartiale – montrent bien que l’existant n’est pas satisfaisant.

► D’après vous, quelles transformations seraient nécessaires pour redonner au périscolaire toute sa place dans les temps de l’enfant et pour qu’il puisse remplir sa mission éducative ?

Ce moment fort est l’occasion d’une rupture. Une vraie rupture.

D’abord il faut absolument que la parole des enfants continue d’être entendue et crue : les progrès faits en ce sens doivent se poursuivre, il en va de l’avenir de toute la société.

Syndicalement nous tentons de porter cela parce qu’il faut tenir tous les bouts : l’intérêt supérieur des enfants oblige à la fois à l’intransigeance sur les violences, et à des changements structurels permettant la professionnalisation du métier. Il faut donc les moyens qui vont avec.

Ce que révèlent les chiffres à Paris, c’est que « tout le monde peut être animateur·ice ». C’est ce que pense la Ville en employant 2/3 d’ultra-précaires. C’est l’image que nous renvoient certain·es usager·es. C’est l’image que les médias ont diffusée, tout en pointant les violences !

Quand je parlais de revaloriser, il s’agit aussi de reconsidérer. Le périscolaire, c’est presque autant d’heures que le scolaire sur une semaine. Potentiellement plus pour certain·es enfants, si l’on compte les vacances. Cela nécessite des connaissances en psychologie de l’enfant, la connaissance des temps et des rythmes selon les âges, des compétences pour proposer des activités qualitatives et pas de l’occupationnel auquel nous sommes trop souvent structurellement réduit·es.

Il y a donc tout un travail de reconnaissance de nos métiers, de notre professionnalisme à la fois de la part des usager·es, des employeurs et du grand public.

Professionnaliser l’animation, c’est donner aux enfants l’importance à laquelle ils et elles ont droit. ■

Propos recueillis par Antoine Chauvel

  1. Le Supap-FSU est le 3e syndicat de la Ville de Paris avec 16 % aux élections professionnelles et représente 30 % des personnels.

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