Intervention générale de l’ÉÉ dans le débat général
Deux éléments forts et structurants dans la période.
Tout d’abord, la situation dramatique au Moyen-Orient, la guerre et ses lourdes conséquences pour les peuples de la région avec un nombre de personnes mortes, blessées, déplacées s’amplifiant chaque jour, ses lourdes conséquences pour la planète avec les ravages écologiques des bombardements et ses non moins lourdes conséquences pour l’ensemble de la population mondiale avec l’aggravation de la crise économique.
Cela conduit à un double levier d’engagement syndical :
Un premier dans des actions de solidarité internationaliste et pour la paix, pour refaire humanité.
Un second face à l’inflation et aux profiteurs de guerre qui augmentent leurs marges, sur les produits pétroliers et gaziers dans un premier temps mais l’inflation va se propager très rapidement à l’ensemble des biens de consommation.
Tout cela touche et va toucher durement les salarié·es et la population, notamment celles et ceux qui n’ont pas d’autres choix que d’utiliser leur voiture au quotidien.
La question classique, « qui va payer la crise ? », va prendre une acuité chaque jour de plus en plus importante.
C’est le retour du débat budgétaire de l’automne dernier, de l’automne d’avant et d’encore avant… sur la justice fiscale.
Un débat tranché par les puissants en faveur des plus riches depuis quelques années maintenant.
Mais un débat toujours aussi vivace et sur lequel nous avons gagné la bataille de l’opinion, rappelons-nous la taxe Zucman plébiscitée à 86%.
Avec la crise, se profile l’urgence accrue de changer les conclusions de ce débat pour avancer vers un tout autre partage des richesses.
Comment bâtir une nécessaire mobilisation syndicale pour refuser que les peuples payent le prix de la guerre ?
Pour porter tout cela, la date du 1er mai apparaît comme une évidence dans le calendrier même si elle n’y suffira pas.
Nos mobilisations sectorielles peuvent nourrir la perspective d’une mobilisation interprofessionnelle dans ce sens, notamment dans l’éducation après les différentes grèves locales et la journée nationale d’hier. Des mobilisations réussies sur le terrain qui nous confortent sur une non résignation des personnels face à l’austérité budgétaire pour l’école. Cela nous oblige aussi quelque part à proposer des suites dans l’éducation au retour des vacances de printemps.
Le second élément de la période est la situation politique au lendemain des municipales. Avec toutes les limites de tirer des leçons nationales d’élections locales, plusieurs éléments contrastés sont à noter :
– une abstention en hausse,
– une gauche fortement divisée même si elle a su se rassembler au second tour dans de nombreuses communes,
– un électorat poreux entre la droite dite républicaine et l’extrême droite, capable de se mobiliser ensemble pour faire barrage à l’union des gauches,
– et une implantation de l’extrême droite qui s’infuse dans les territoires mais reste en-deçà de leurs propres attentes.
Une situation pas forcément des plus enthousiasmantes dans la perspective de 2027, mais ici ou là des résistances et des dynamiques sont à souligner.
A partir de cette situation, nous devons nous emparer de ce qui apparaît un peu comme la question du moment.
Comment le mouvement social peut-il construire un cadre indépendant obligeant la gauche à faire union autour d’alternatives sociales et écologiques pour 2027 et empêcher ainsi l’arrivée de l’extrême droite ?
Est-il possible que le syndicalisme, a minima les 5 organisations qui se sont mobilisées ensemble pour ce même objectif en juin 2024, avec les assos écolos et citoyennes disponibles, posent des jalons ?
Comment devenir incontournables avec des propositions fortes, de premiers jalons d’un cadre dépassant la seule addition de noms de personnalités ou de sigles d’organisations, un cadre qui parvienne à impliquer de « vrais » gens, à créer une dynamique en mobilisant ?
Rien n’est simple.
On voit bien l’opposition à dépasser entre la nécessité d’un cadre très très élargi et celle de formuler des propositions fortes de justice sociale et écologique pour redonner espoir en un autre monde possible.
On voit bien aussi que la menace de l’extrême droite, le moteur de juin 2024, n’est pas encore d’une actualité immédiate et peut également engendrer une forme de lassitude, voire de fatalisme.
On voit bien aussi la moitié vide du verre des législatives de 2024 avec leur résultat non respecté et le programme du Nouveau front populaire mis de côté par certains et certaines.
On voit bien aussi les récits de politique politicienne, focalisé sur les personnes, qui risquent de prendre le dessus dans le débat public sur les contenus programmatiques.
Mais s’emparer avec volontarisme et pugnacité de cette question est indispensable pour être agissant et ne pas subir pendant un an.
Une question qui pourra s’imbriquer assez naturellement dans la construction de nécessaires mobilisations internationalistes et de ripostes à l’aggravation de la crise sociale.
