Intervention générale de l’ÉÉ dans le débat général
Prise de contrôle du Venezuela, menaces sur le Groenland ou sur l’Iran où la révolte populaire est réprimée dans un bain de sang, Gaza transformé en laboratoire sur fond de poursuite à bas bruit du génocide, fragilisation de l’ONU… Trump renverse l’ordre international post-45 et mène une politique intérieure violente, nationaliste et xénophobe. Les meurtres de Renée Good et Alex Pretti par l’ICE cristallisent ce basculement fasciste. Au point que des voix s’élèvent pour une sortie accélérée des gafam, ou boycotter la Coupe du monde aux États-Unis. La FSU devra se saisir de ces mots d’ordre.
Cette avalanche ad nauseam n’est pas le résultat d’une forme de fatalité, mais de la crise du capitalisme, qui se radicalise à mesure qu’il rencontre des limites environnementales, économiques et idéologiques. C’est le rôle de la FSU de contribuer à rendre lisible à grande échelle cette réalité et ses conséquences : à l’international, les impérialismes s’affrontent, tandis que les État capitalistes-néolibéraux font le choix du durcissement autoritaire et de l’alliance avec l’extrême droite.
C’est le cas en France, où le pouvoir macroniste intensifie la répression et les violences d’état. Il soutient deux PPL : l’une visant à instituer une présomption de légitime défense pour les policiers, et l’autre dite « Yadan », pour criminaliser le soutien à la Palestine et la dénonciation de la politique raciste du gouvernement sioniste israélien.
Dérive répressive, mais aussi militariste : il faudrait maintenant « accepter de perdre nos enfants », augmenter encore le budget de la défense par une saignée des services publics, que l’école devienne l’antichambre de l’armée, et que les privé·es d’emploi soient orienté·es de force vers l’industrie militaire.
La crise du capitalisme se réfracte enfin dans les débats budgétaires : un premier ministre minoritaire est en passe d’imposer un budget violemment austéritaire à coup de 49.3, après un accord de non censure avec une ligne en rupture avec le programme du NFP. Le tout au nom de la « responsabilité », cache-sexe du sauvetage de la « politique de l’offre ». Alors qu’Oxfam vient de publier un rapport au titre éloquent : « Résister au règne des plus riches – Défendre la liberté contre le pouvoir des milliardaires », ce passage en force est proprement irresponsable. Il fait le lit d’une extrême droite déjà au plus haut.
Mais non ! L’arrivée au pouvoir du RN n’est pas inéluctable. Nous devons dès à présent mettre toutes nos forces dans la bataille, à commencer par celle des municipales. Les campagnes initiées par les collectifs dont la FSU est partie-prenante sont un levier à saisir de toute urgence. Les cadres les plus larges, en particulier l’intersyndicale à 5 contre l’extrême droite en sont un deuxième. Les mobilisations locales et sectorielles de terrain à visibiliser, fédérer, nationaliser un troisième. Elles seront fondamentales pour faire exister nos revendications dans le débat public. Notre boussole : construire une alternative à Macron et au RN !
Les aspirations à la paix, à l’égalité, à la justice sociale et écologique, restent majoritaires. A cet égard, saluons une victoire importante contre l’accord UE-Mercosur, renvoyé devant la Cour de justice de l’Union européenne. Cette victoire n’est pas une surprise, c’est le fruit d’années de sensibilisation, d’interpellations et de mobilisations paysannes et citoyennes.
Mais l’alignement des eurodéputé·es français·es repose aussi sur la sauvegarde de l’appareil productif agro-industriel national. D’où le deux poids, deux mesures face à la mobilisation du monde agricole, les militantes et militants de la Confédération paysanne ayant subi une répression féroce. D’où, aussi, la brutalisation démocratique à l’œuvre depuis ce vote, la Commission européenne voulant imposer une mise en œuvre provisoire.
Alors c’est vrai, cette séquence montre à quel point le pouvoir néolibéral-autoritaire refuse tout compromis et préfère la violence. Mais elle montre aussi, et c’est ce que je veux retenir, à quel point ce pouvoir est minoritaire et faible face à un mouvement social uni et organisé, à l’offensive sur le terrain de la lutte institutionnelle et dans la rue.
Rien ne serait pire que d’attendre des jours meilleurs l’arme au pied. Le dernier CDFN avait chuté sur un volontarisme à mobiliser dans l’unité la plus large possible avec un plan d’actions. Ce mandat est toujours d’actualité, il nous appartient de le concrétiser sans rien lâcher.
Notre syndicalisme doit continuer à politiser les questions sociales. Cela passe par des campagnes et mobilisations fédérales, sur la PSC et les AESH en premier lieu. Mais pour marcher sur ses deux jambes, notre syndicalisme doit aussi continuer à porter ses revendications anti-racistes, féministes, écologistes, de solidarité internationale, autant de questions existentielles face à l’extrême droite et aux politiques néolibérales. C’est aussi le bon profil pour s’engager dans les élections professionnelles !
