Les chiffres révélés par la CIIVISE1 et les associations de protection de l’enfance parlent d’eux-mêmes : 160 000 enfants subissent des violences sexuelles chaque année. Toutes les 3 minutes, le temps de cette intervention,1 enfant est victime d’inceste, de viol ou d’agression sexuelle.
C’est en réponse à ce dramatique constat et au terrible meurtre de Lyhanna que le ministre a annoncé cet été que chaque élève de la grande section à la terminale se verra proposer tous les ans un questionnaire spécifique en plus du questionnaire « harcèlement ». Les interrogations soulevées par cette annonce sont nombreuses : comment garantir l’anonymat promis tout en permettant le traitement d’une situation repérée ? Comment les élèves les plus jeunes auront-iels accès à ce questionnaire (anonymement…) ? Quelle formation pour les personnels qui vont être dépositaires de cette confidence ? Quelles suites seront concrètement données ?
Libérer la parole sans que cela soit suivi d’effets ne serait qu’une violence supplémentaire infligée aux enfants victimes ! Le ministre promet que les personnels sociaux et de santé seront mobilisés… mais de quels personnels parle-t-il ? La FSU estime à 20 000 le nombre d’assistant.es social.es nécessaires quand il n’y en a que 2 700. Il faudrait 15 300 postes d’infirmières supplémentaires pour une présence effective dans chaque école et établissement et actuellement, un.e psychologue scolaire prend en charge 1 600 élèves (soit plus du double que dans les autres pays de l’UE).
Cette demande de recueil de parole des enfants, la FSU la soutient depuis plusieurs années au sein de la coalition féministe et enfantiste avec une proposition assez aboutie de loi cadre intégrale. La mesure 16 est claire et demande d’instaurer un entretien individuel annuel d’évaluation du bien-être de l’enfant et de dépistage des violences. Le lieu protecteur n’est pas précisé dans ce projet mais on peut aisément imaginer qu’il peut s’agir de l’école. Car quel lieu, mieux que l’école, permet d’organiser, par des professionnels de l’écoute, un dépistage et une prévention massive des violences faites aux enfants dès leur plus jeune âge ?
Continuons à participer activement à la lutte pour l’adoption de la loi intégrale et à inclure ses revendications dans notre bataille pour le budget pour une fonction publique qui mène à bien ses missions de protection des enfants. Cette loi inclut aussi une véritable formation EVAR/S pour les personnels. L’accent doit être mis dans le repérage des signaux faibles et l’identification des climats familiaux dits incestuels. Un·e enfant doit aussi pouvoir reconnaître qu’iel subit des violences pour pouvoir les dénoncer. Sans les 3 milliards nécessaires à sa bonne application, les mesures prisent par cette loi ne seront que saupoudrage ou pansements sur jambe de bois.
Ne sous estimons pas la puissance des sales connes et des pleureuses : depuis 2017, année du mouvement meetoo, le vocabulaire a bougé, on reconnaît le mot féminicide. Le mot consentement est entré dans la loi. Quand le vocabulaire bouge, les esprits bougent aussi. Les mouvements féministes et enfantistes portés par les femmes et les minorités de genre font bouger les lignes et nous devons en être.
