Des alliances pour résister

La réorientation de l’agriculture est un maillon essentiel dans la nécessaire bifurcation écologique. Dans le déni de cette réalité et en défense de leurs intérêts particuliers, les partisan·nes de l’agroproductivisme s’organisent. Pour résister et faire exister les alternatives, les défenseur·ses de l’agroécologie et du monde paysan développent leurs propres alliances.

La dynamique autour de la pétition contre la loi Duplomb1, massivement signée au cœur de l’été 2025, est emblématique. Fruit d’un travail militant commencé six mois plus tôt, la mobilisation a pris de l’ampleur grâce à de nouvelles alliances entre organisations syndicales, partis, associations écologistes, collectifs citoyens et scientifiques, chacun·e jouant sa partition, notamment à travers des prises de position qui ont contribué à faire apparaître et légitimer la contestation. Résultat d’une articulation réussie entre les thématiques de santé et d’environnement, cette mobilisation montre que le prétendu backlash écologique relève surtout d’une offensive politico-médiatique.

Une dynamique exemplaire contre la loi Duplomb…

En témoigne l’événement organisé le 2 février au Sénat par l’Observatoire du déclin agricole et pour l’autosuffisance qui a réuni le gratin de l’agrobusiness, communicant·es, parlementaires et ministre en personne. Ou la tribune publiée récemment dans Le Point en réaction à la « politisation des cancers », dans laquelle une poignée d’auteurs accuse les scientifiques ayant pris position contre la loi Duplomb de « fabrique[r] des peurs qui finissent par se traduire en lois ».

En l’occurrence, la seule loi promulguée, non sans tordre le bras du Parlement, est celle du sénateur Duplomb qui se fait forceur récidiviste avec le dépôt d’une nouvelle proposition visant à ré-autoriser l’acétamipride censurée. Si Duplomb affirme répondre aux demandes du monde agricole, ses lois favorisent en réalité le modèle productiviste et son exploitation en particulier, l’une des plus subventionnée de France2, au détriment de l’intérêt général.

… qui en appelle d’autres

Face à cette nouvelle offensive, mais aussi à la loi d’urgence agricole en préparation, à l’accord UE-Mercosur et au paquet législatif européen Omnibus, les mobilisations ont repris, à l’appel de 80 organisations3 début février. Une nouvelle pétition est lancée4 avec plus de 250 000 signatures à l’heure où nous écrivons. Un calendrier se dessine pour les suites : « Printemps bruyant » contre les pesticides le 4 avril, « Journée contre l’agrochimie » en mai…

Les cadres larges existants mettent aussi leurs forces dans la bataille : ainsi, tout en soutenant les mobilisations paysannes, l’Alliance écologique et sociale – qui rassemble associations pour la justice sociale, organisations écologistes et syndicales – vient de prendre position en faveur de politiques publiques permettant de s’affranchir à terme des pesticides5. Le collectif national unitaire Stop CETA – UE-Mercosur, qui réunit une cinquantaine d’organisations, a contribué au renvoi de l’accord devant la Cour de justice de l’UE et se bat contre son application provisoire.

Face au rouleau compresseur agro-industriel, les coalitions les plus larges possible sont déterminantes : elles permettent de combattre toutes et tous ensemble le système agroproductiviste et concurrentiel à l’origine de la crise agricole, en faisant le lien entre écologie et protection de la santé, des emplois, des conditions de travail et d’existence des paysan·nes comme de l’ensemble de la population. ■

Marie Haye

  1. Présentés comme scientifiques, les signataires, uniquement des hommes, sont majoritairement des ingénieurs-agronomes et un politicien (F. de Rugy).

  2. Exclusif : comment le sénateur Duplomb a touché plus d’un million d’euros de subventions

  3. «Non à la loi Duplomb, et non à une Duplomb 2 !» : plus de 80 organisations appellent à des mobilisations dans toute la France ce week-end

  4. https://petitions.assemblee-nationale.fr/initiatives/i-5103

  5. https://alliance-ecologique-sociale.org/pesticides-hors-de-nos-vies-hors-de-nos-lieux-de-travail/