Face à la triple urgence écologique, sociale et démocratique, la crise agricole actuelle devrait constituer une opportunité pour changer de modèle. Des expériences locales d’intérêt général ouvrent la voie. Exemples non exhaustifs…
Les exemples et expériences que nous relatons ici ne sauraient constituer un modèle ou une solution, mais ils préfigurent la manière dont une société plus écologique, plus égalitaire et démocratique, pourrait organiser les décisions collectives, à un niveau local, s’agissant en particulier de l’agriculture et de l’alimentation.
Fermes collectives
On se souvient de la viralité du discours en forme d’appel à bifurquer, prononcé en mai 2022, par huit étudiant·es d’AgroParisTech lors de la cérémonie de remise des diplômes. L’un de ces étudiant·es, Théophile Duchateau, a co-fondé en 2023 une ferme collective dans le Tarn, Les Jardins de Midgard.
Gérée par neuf paysan·nes regroupé·es dans une association propriétaire des bâtiments, cette ferme de 70 hectares abrite plusieurs activités au sein de trois entreprises : maraîchage, boulangerie et brasserie artisanales, élevage de poules pondeuses, conserverie, le tout en agroforesterie et en agriculture biologique. Les produits de la ferme sont vendus sur place ou sur les marchés locaux.
Certain·es paysan·nes parviennent déjà à se verser un salaire. Outre la question du revenu, il y a aussi celle de l’accès aux terres et au foncier. Dans le cas présent, l’association Terre de liens, qui met en contact les agriculteur·ices qui partent en retraite avec des repreneur·ses, et facilite l’installation par le rachat d’une partie des terres via un financement participatif, a joué un rôle déterminant.
Fermes publiques
L’idée est née en 2008 à Mouans-Sartoux (Alpes-Maritimes) : une cantine 100 % bio fondée sur une ferme maraîchère communale en fonctionnement depuis 2011. Dans cette régie agricole, le rôle des paysan·nes, rémunéré·es selon les grilles de la fonction publique, se limite à la production : pour en supporter le coût, la municipalité a dû faire des économies grâce à une végétalisation plus importante des menus et moins de gaspillage.
Ce projet a fait des émules : près de 100 communes lui ont emboîté le pas et se sont structurées en réseau1. Ces fermes n’ont pas le statut agricole, ce qui les prive des subventions de la PAC. Les municipalités partagent donc les solutions trouvées (achat des terres et des installations, recrutement et rémunération des paysan·nes…) à toutes les échelles : villes petites et moyennes, comme à Auray (Morbihan), ou grandes comme à Toulouse.
Sécurité sociale de l’alimentation
Depuis 2019, le collectif pour une Sécurité sociale de l’alimentation construit et porte un projet de socialisation de l’agriculture et de l’alimentation. Aujourd’hui, on dénombre une trentaine d’expérimentations locales dans toute la France métropolitaine2, dans des territoires urbains comme ruraux.
Par exemple, le projet de la Caisse commune de l’alimentation de Nantes Ouest / Pays de Retz (Loire-Atlantique) se développe selon les principes suivants : chaque mois, la centaine de participant·es volontaires dispose de 100 euros (pour la première personne du foyer + 50 euros par personne supplémentaire). La caisse, sorte de budget collectif fondé sur des cotisations citoyennes (liées aux revenus), publiques et privées, est gérée par un comité citoyen qui choisit aussi des lieux d’achat conventionnés en fonction de la qualité des produits et de critères environnementaux et sociaux. ■
Marie Haye
- https://rencontres-fermes-municipales
- https://securite-sociale-alimentation.org
