L’agro-industrie contre le droit

Les normes agricoles, sanitaires et environnementales existent pour limiter les impacts négatifs de l’agriculture industrielle sur la santé, l’environnement et le climat.

Pourtant, elles sont aujourd’hui attaquées par l’agro-industrie et ses relais politiques et syndicaux, notamment la FNSEA et la Coordination rurale.

La contestation des normes protectrices de la santé et de l’environnement par l’agro-industrie ne passe plus seulement par le lobbying : elle s’accompagne de plus en plus d’intimidations et de tentatives de discrédit des règles et de celles et ceux qui les font appliquer, avec un soutien de plus en plus assumé de la ministre de l’Agriculture.

Dérégulation et menaces sur les agent·es

La modification, par le cabinet de la ministre de l’Agriculture, d’un rapport du Haut-Commissariat à la stratégie et au plan, révélée par Le Monde, montre clairement que l’expertise scientifique est soumise à des choix politiques favorables à l’agrochimie et à l’agriculture industrielle. Les effets des pesticides sur la santé sont minimisés, l’agroécologie disparaît des textes, et l’agriculture productiviste est ouvertement soutenue. Le message est sans ambiguïté.

Dans le même temps, le gouvernement mène une politique de dérégulation massive avec notamment la loi Duplomb ou encore le projet de loi « d’urgence agricole » tout en réduisant les moyens humains et matériels des services publics chargés de contrôler les pratiques agricoles et environnementales.

Les agent·es des Directions départementales de la protection des populations (DDPP), des Directions départementales des territoires (DDT) et des Directions régionales de l’alimentation, de l’agriculture et de la forêt (DRAAF), en charge de missions essentielles de contrôle sanitaire et environnemental, sont devenu·es des cibles directes : intimidations, entraves aux contrôles, dégradations de leur lieu de travail, menaces.

Les crises sanitaires récentes — dermatose nodulaire bovine, influenza aviaire — ont encore accru la pression sur les agent·es, placé·es en première ligne sans protection ni moyens suffisants. Le modèle agricole défendu par le ministère de l’Agriculture, fondé sur une agriculture intensive et tournée vers l’export, rend les élevages particulièrement vulnérables à ce type de crises. La gestion de la dermatose nodulaire bovine en est un exemple frappant : des choix avant tout économiques et des mesures de prévention parfois insuffisantes ont favorisé la propagation de la maladie et conduit à des abattages massifs, avec des conséquences lourdes pour les élevages comme pour les agent·es mobilisé·es sur le terrain.

Inversion de la charge de la violence

L’absence de condamnation politique ferme, le traitement différencié entre les actes parfois violents de la FDSEA et de la Coordination rurale face aux actions pacifiques de la Confédération paysanne, alimentent un sentiment d’impunité profond.

Enfin, un incident très récent lors d’un groupe de travail sur les risques et la sécurité au ministère de l’Agriculture a suscité une vive indignation d’une grande partie des représentant·es du personnel. Lors d’un focus sur la radicalisation, une haute fonctionnaire a dû présenter ses excuses après avoir mis sur le même plan le mouvement écologiste Les Soulèvements de la Terre et les menaces terroristes, tout en passant sous silence les violences et les radicalisations issues de l’extrême droite. Cet épisode révèle un biais préoccupant au sein du ministère, en cohérence avec le discrédit actuel des résistances anticapitalistes et antifascistes, et avec une ligne politique qui privilégie l’agro-industrie et ses relais, au détriment de l’État de droit et du pluralisme. ■

ANGELIQUE ALLES (SNUITAM-FSU) ET MAXIME CAILLON (SNE-FSU)

La situation au ministère de l’Écologie suit de près celle du ministère de l’Agriculture : intimidation des agent·es de l’Office français de la biodiversité (OFB), peu de soutien du gouvernement… Dernier sujet en date : une enquête administrative, demandée par le Premier ministre au sujet de l’embauche d’une cadre de l’OFB qui déplaît au lobby agricole pour son engagement personnel passé.