La période politique et sociale que traverse la France est marquée par une forte tension démocratique. Les inégalités sociales persistent, les services publics sont une nouvelle fois sacrifiés et une partie croissante de la population exprime une défiance profonde à l’égard des institutions et de la classe politique. Dans ce contexte, une inversion préoccupante des valeurs dans le débat public dont la séquence de la mort de Quentin Deranque a été l’expression la plus crue est en cours. Là où l’extrême droite était autrefois clairement marginalisée , son projet basé et renforçant tous les systèmes de domination est mis au même niveau de ceux qui oeuvrent à plus d’égalité. Et certaines forces de gauche sont donc présentées comme radicales ou illégitimes par les médias dominants et par le pouvoir en place.
Ainsi des responsables gouvernementaux affirment que La France insoumise ne ferait plus partie de « l’arc républicain » alors que le RN l’a intégré selon elles et eux. Pourtant c’est l’extrême-droite qui tue de façon régulière musulman·es et racisé·es depuis des décennies sans levées de bouclier politico-médiatique. De telles affirmations visent à redéfinir les frontières du débat politique et à déplacer le centre de gravité idéologique vers la droite. Elles font progresser les idées d’extrême-droite et permettre le maintien de la domination capitaliste.
Cette dynamique est nourrie à l’échelle internationale par l’affirmation de la force viriliste comme règle des rapports entre états, par la perpétuation de génocide sans condamnation, par la guerre comme hypothèse crédible pour tous les états, y compris le nôtre.
Dans un tel contexte, le rôle du mouvement syndical devient essentiel. Le syndicalisme de lutte et de transformation sociale que nous portons ne se limite pas à la défense immédiate des intérêts professionnels : il participe aussi à la construction d’un projet de société plus juste et plus démocratique. C’est le sens de la « double besogne » : défendre les travailleurs et les travailleuses dans leurs conditions concrètes d’existence, tout en contribuant à transformer la société.
Pour la FSU-SNUipp, cette double responsabilité prend aujourd’hui une dimension particulière. Défendre l’école publique, lutter contre les inégalités scolaires : ces combats sont indissociables d’une vision plus large où l’école joue pleinement son rôle de construction de l’esprit critique et des valeurs d’égalité et d’émancipation.
Face aux glissements du débat politique et à la possibilité du fascisme, la gauche politique ne répond pas à l’exigence d’unité sur des bases émancipatrices que la situation impose. Il apparaît aujourd’hui nécessaire de construire un front social uni capable d’interpeller et de contraindre le politique. Lorsque les forces partisanes échouent à produire l’alternative attendue, il revient au mouvement social, aux syndicats et aux collectifs citoyens de créer les conditions d’un rapport de force capable d’imposer d’autres choix, anticapitalistes, antifascistes de la rue jusque dans les urnes…
Dans cette période incertaine, un syndicalisme combatif, démocratique et porteur d’un projet de transformation sociale apparaît donc plus nécessaire que jamais. Non seulement pour défendre les personnels, l’école et les services publics, mais aussi pour contribuer à maintenir vivant l’idéal d’une société plus juste et réellement démocratique.
