Congrès SNEP-FSU 2026 – Réponse de l’École Émancipée (ÉÉ) au Rapport d’Activité national

Nous le signalons à chaque congrès : porter une appréciation sur le rapport d’activité (RA) national est un exercice d’autant plus difficile qu’en l’absence d’un cadre permettant l‘expression des divergences au sein même de ce RA, il ne peut se conclure au SNEP-FSU que par un vote sans nuance de tout le bilan.

Le rapport qui nous est présenté révèle une activité indéniablement importante du SNEP-FSU particulièrement sur son champ de syndicalisation. La présence et l’expertise du SNEP-FSU sur les sujets qui le concerne sont reconnues, appréciées et d’ailleurs soutenues par une grande majorité des collègues au moment des élections professionnelles. Si l’École Émancipée a partagé un certain nombre d’analyses et de décisions qui ont guidé l’activité du SNEP-FSU depuis le dernier congrès, nous avons aussi eu des divergences d’appréciation voire de réels désaccords avec la majorité de la direction nationale. Nous en donnons, ici, trois exemples :

  • Sur le sport de haut niveau, les évènements sportifs internationaux (ESI), les jeux olympiques.

L’analyse des JOP de Paris faite dans le rapport d’activité se résume à une phrase : « Ce fut un événement festif prouvant que des valeurs d’égalité, de fraternité, de solidarité entre les peuples peuvent exister, malgré la marchandisation de l’événement ». Nous ne partageons pas cette affirmation et la trouvons même problématique. Elle tait tous les problèmes écologiques, sociaux, démocratiques que nous dénonçons dans notre texte d’orientation (scandales financiers, dépenses pharaoniques, compromissions politiques, massacre écologique, éviction des populations non désirées et/ou défavorisées de l’espace public, tentation sécuritaire par la vidéosurveillance algorithmique, nationalismes exacerbés, tricheries, dopage…). Elle est aussi en totale contradiction avec les témoignages d’inégalités de genre, de violences sexistes, sexuelles, d’homophobie et de transphobie mais aussi de maltraitance des centaines de salarié·es, bénévoles et des athlètes elles et eux-mêmes qui commencent à lever le voile et médiatiser la mise à mal régulière de leur santé mentale.

Comme nous l’écrivons dans notre texte d’orientation, et contrairement à la direction nationale du SNEP-FSU, nous ne pensons pas que ce à quoi nous assistons soient des « dérives », ce qui laisserait penser que le sport, les institutions sportives et leurs pratiques pourraient être « purifiés », débarrassés de leurs scories : il n’est pas possible de réformer l’idéologie libérale ni les rapports de domination auxquels ils sont inféodés et dont ils se nourrissent.

Par ailleurs, plus loin dans le texte, le constat de « l’absence d’héritage promis » nous interroge. Les bilans tous négatifs des expériences internationales passées ne serait-ce que sur le plan de l’accessibilité des populations à de nouvelles installations construites pour des JOP pouvaient-ils laisser croire qu’il en serait autrement pour les Jeux de Paris ? Quant à une potentielle politique de démocratisation des pratiques sportives, dont le SNEP-FSU déplore qu’« un an après les JOP, aucune […]n’a[it] été engagée », la politique de réduction des dépenses publiques menée par Emmanuel Macron et ses gouvernements ne laissait guère de doute sur sa survenue.

  • Sur la campagne « Pour une jeunesse plus sportive ».

L’École Émancipéedéfend l’idée que les APSA sont le contenu et le support de l’enseignement en EPS, pour autant nous ne nous reconnaissons ni dans le slogan, ni dans la campagne « Pour une jeunesse plus sportive ». Notre texte d’orientation le rappelle aussi, l’EE porte l’ambition d’une jeunesse éduquée physiquement, qui perçoit son corps comme une source de mouvements favorisant l’épanouissement, l’affirmation de sa singularité et de son ouverture aux autres, comme source de pensée et de créativité. Une jeunesse dont le corps, les sensations et émotions ne sont pas subordonnés à une finalité performative source d’exclusion. Une ambition assez divergente des objectifs défendus par la campagne « Pour une jeunesse plus sportive » laquelle précise « Faire du sport, au sens d’entrer dans la culture sportive de transformation de soi dans la rencontre avec les autres, la recherche d’un dépassement, de performance » (présentation soirée de l’EPS n°2, 16 novembre 2025) et revendique 4 heures d’EPS pour cela. Par ailleurs la pétition « Pour une jeunesse plus sportive, tout commence à l’école », annonce explicitement que la garantie d’un investissement futur des jeunes dans les clubs sportifs et associations passe par leur confrontation dès le plus jeune âge aux apprentissages dans les APSA, ce que permet l’EPS. En mêlant intimement Sport et EPS, voire en entretenant le flou du rapport entre les deux (objectif, moyen, condition, discipline scolaire ?) le SNEP n’aide pas à la clarification et moins encore quand il affirme que le sport permet d’être en bonne santé. Vraiment ? l’activité physique, oui, mais le sport ? compétition, sélection, dopage, pression, dépassement de soi, blessures… ne sont pas sans répercussions potentiellement négatives sur la santé.

  • Sur l’activité syndicale que nous devons développer pour peser :

Nous partageons l’idée que la représentativité incontestable du SNEP-FSU lui confère une responsabilité particulière pour faire avancer les revendications sur son champ spécifique. Mais pour l’Ecole Emancipée, c’est parce qu’un mouvement social large, indépendant mais en lien avec les organisations politiques progressistes, aura pu imposer une alternative aux orientations libérales, que nous reconquerrons des services publics rénovés et démocratisés dans lesquels nous, enseignant·es d’EPS et professeur·es de sport, nous aurons toute leur place. Après avoir accompagné les prises de conscience, il est donc pour nous indispensable que le SNEP-FSU encourage et favorise plus qu’il ne le fait, l’engagement de ses adhérent·es dans la vie de notre fédération la FSU et, au-delà, dans les mobilisations interprofessionnelles et les différents cadres unitaires de luttes pour défendre et/ou promouvoir les valeurs qui sont les nôtres.

Nous regrettons, d’autant plus dans le contexte d’instabilité politique, que n’ait pas été restauré pour ce congrès, le thème consacré aux alternatives écologiques et sociales. Celles-ci existent et sont crédibles, elles doivent être diffusées, débattues et défendues notamment parce que porteuses d’espoirs, elles permettront de barrer la route à l’accession au pouvoir de l’Extrême droite.

Ces divergences ne nous permettent pas d’appeler à voter Pour le Rapport d’Activité.

Les élu-es ÉÉ du bureau national sortant :

Véronique Bonnet, Sonia Lajaumont, Valérie Soumaille, Guy Bertolino, Nicolas Habera, Manu Laget