Le congrès CGT valide la « maison commune »

Suite au dernier congrès confédéral, la « maison commune » du syndicalisme de transformation sociale est désormais validée tant par la FSU que par la CGT. Reste maintenant à la décliner concrètement et de façon ambitieuse.

■ PAR Arnaud Malaisé

Le 54e congrès de la CGT a permis de renforcer l’équipe dirigeante actuelle et de valider les orientations développées depuis trois ans. Parmi elles, celle sur la « maison commune du syndicalisme de lutte et de transformation sociale », dénomination adoptée au dernier congrès de la FSU pour qualifier le travail de « rapprochement » en cours depuis juillet 2023. Évoquée tout au long du congrès CGT, dès le discours d’ouverture de Sophie Binet, puis à nouveau dans celui de clôture, adoptée dans le document d’orientation, les termes employés sont restés néanmoins prudents, à l’oral comme à l’écrit.

Le premier jour, Sophie Binet a ainsi cadré la maison commune comme ne s’agissant « ni d’une fusion ni de la création d’une superstructure, mais d’un cadre de coopération permanent, sur le plan confédéral et en territoire ». Tout en rappelant le contrôle du CCN – le « parlement » de la CGT – sur ce processus et renvoyant à une nouvelle étape, ou pas, celle des débats du prochain congrès confédéral. Cette décision a été rappelée plus brièvement le dernier jour, en insistant sur les garde-fous internes et réaffirmant le refus de tout « passage en force ».

Quelle déclinaison concrète ?

Le document d’orientation adopté à quasiment 75 % – un score supérieur à celui des trois précédents congrès – développe davantage ce que recouvre actuellement ce terme de maison commune pour la CGT. Les formulations du texte restent néanmoins assez vagues dans la déclinaison concrète possible, « un cadre de coopération pérenne et renforcé, se traduisant par des échanges stratégiques réguliers et privilégiés avec la FSU qui doit permettre de mieux se coordonner, notamment sur la stratégie de lutte et sur les questions revendicatives » en citant « qualifications, services publics, management, protection sociale, féminisme, extrême droite ». Les sujets concrets de travail évoqués se limitent à la formation syndicale et l’international sans reprendre l’ambition « d’envisager des initiatives, des publications et des campagnes communes en directions des salarié·es » que porte la FSU dans ses mandats de congrès.

Dans les débats du congrès, peu d’interventions ont mentionné la maison commune et le travail engagé avec la FSU. Celle de Vincent Bohan, délégué des services publics de la Vienne, proposait que la CGT absorbe les adhérent·es de la FSU… tandis que celle de Louise Paternoster, déléguée de la CGT Éduc’action de la Seine-Saint-Denis, en s’appuyant sur la lutte menée « main dans la main avec les camarades de la FSU » pour un plan d’urgence pour l’école dans le département, livrait un vibrant plaidoyer en faveur de la maison commune en évoquant également les similitudes de contexte avec les années 1930 entre menaces de l’extrême droite et division organisationnelle du syndicalisme.

Maintenant que la démarche autour d’une maison commune a été validée par le congrès CGT, ce cadre peut évoluer et s’élargir en fonction des décisions des prochains CCN.

Deux possibles écueils apparaissent néanmoins à éviter.

La restriction du cadre autour des seules CGT et FSU, cette dernière portant pour sa part une perspective plus ambitieuse de refondation syndicale passant par cette première étape avec la volonté d’inclure également Solidaires dans le processus.

D’autre part, le recentrage sur des objets de travail relevant de la seule fonction publique, voire de la seule Éducation nationale, alors qu’il pourrait être stimulant de confronter les points de vue et travailler à construire des pistes communes, voire des éléments de campagne, sur des thématiques s’inscrivant pleinement dans le champ interprofessionnel, la prégnante question salariale par exemple, ou de la justice fiscale et écologique.

Avec le démarrage quasi officiel de la campagne électorale présidentielle et la menace toujours plus vive de l’extrême droite, cette dynamique de refondation syndicale, confirmée lors du congrès de la CGT, peut cependant s’accélérer. La maison commune pourrait accueillir et structurer toutes les organisations syndicales de transformation sociale le souhaitant, pour lutter ensemble pied à pied contre cet éventuel pouvoir néofasciste. ■

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