Contre les dominations

Ces dernières semaines ont été l’occasion de célébrer les 90 ans du Front populaire et de rappeler les conquêtes sociales obtenues à l’époque, parmi lesquelles : l’augmentation des salaires, la semaine de 40 heures, la mise en place de ce qui allait devenir les conventions collectives et bien sûr, la généralisation des congés payés pour toutes et tous.

Les retours sur cette période l’ont rappelé aussi, c’est l’articulation entre la victoire électorale de la coalition de partis de gauche et les luttes sociales qui ont suivi, au printemps et à l’été 1936, qui ont permis d’imposer à l’agenda des dirigeant·es du Front populaire un certain nombre de ces incontestables avancées.

« Articuler » le mouvement social et la représentation politique en mesure de décider de changer les choses et d’en donner les moyens, c’est aussi ce qui se joue concernant la lutte contre les violences sexuelles et sexistes. Parce qu’aucun·e de celles et ceux qui dénoncent les violences subies par les enfants et les femmes, accompagnent les victimes et proposent des mesures qui pourraient faire diminuer leur nombre, n’a été entendu·e, « l’articulation » prend depuis quelques semaines la forme légitime de « pression ».

Individus, majoritairement des femmes, associations, collectifs, coalitions… le mouvement social non seulement crie sa colère devant une situation insupportable, mais affirme sa détermination à imposer la mise à l’agenda politique d’une loi-cadre intégrale contre les VSS. 160 000 enfants victimes de VSS chaque année en France, un féminicide tous les deux jours et demi, ça suffit. Parce qu’ils s’expriment dans le cadre de l’exercice des métiers et dans toutes les sphères de la vie, les rapports de dominations, y compris lorsqu’ils sont systémiques comme les VSS, sont au cœur du syndicalisme de transformation sociale. Le rôle des organisations qui s’en revendiquent est alors double : accompagner au plus près les travailleurs et travailleuses qui en sont victimes, et non seulement soutenir les cadres qui cherchent à les faire cesser mais en être partie prenante.

Outre sa contribution à la pression collective et au rapport de force, l’engagement syndical dans ces luttes permet aussi de développer et d’entretenir des liens de solidarité étroits avec les mouvements de jeunesse, étudiants, féministes, enfantistes, paysans, écologiques… de créer des convergences du mouvement social, de faire front, ce qui dans un contexte global marqué par la poussée réactionnaire et le risque de voir arriver l’extrême droite au pouvoir, est crucial. À moins d’un an d’échéances électorales majeures, le syndicalisme que nous portons a une grande responsabilité. Celle d’agir, résister, proposer, mais aussi participer à la lutte politique pour poser les bases d’une alternative sociale et politique capable de réhabiliter l’idée qu’un autre monde est possible. ■

Valérie Soumaille

Auteur/autrice