Plan 800 collèges – dénaturation de l’éducation prioritaire

PAR JORDI LE COINTE

Annoncé par É. Geffray à la fin de l’année 2025 pour une application dès 2026, le plan 800 collèges (ou Collèges en progrès) se base initialement sur des indicateurs de réussite pour justifier une mise au pas pédagogique des personnels.

Initialement, le ministère avait fait une liste d’un peu moins de 800 collèges (sur 6 950) en se basant uniquement sur les notes aux épreuves écrites du brevet en français et mathématiques. Les établissement retenus étant ceux dont plus de 40 % des élèves obtenaient moins de 8/20 à ces épreuves.

Par la suite, chaque académie a modifié cette liste en y ajoutant, selon les cas, tout un tas d’indicateurs. Ainsi, dans l’académie de Martinique, les établissements sélectionnés sont ceux avec un IPS faible et qui ne sont pas labellisés REP ou REP+. Dans l’académie de Nancy-Metz, le recteur a paré au plus pressé et choisi des établissements ayant eu leur audit (évaluation externe) récemment pour éviter d’avoir à déléguer une nouvelle équipe à cette mission. Enfin, les recteurs de Bordeaux et de Lyon, plus zélés, ont décidé d’ajouter des établissements à la liste initiale.

Quels sont les moyens accordés ?

Nous aurions pu imaginer que, pour améliorer les résultats scolaires, le ministère avait prévu d’augmenter les dotations afin de mettre en place de l’accompagnement pédagogique. Il n’en est rien. Dans ces établissements comme ailleurs, après avoir fait augmenter le nombre d’élèves par classe pendant la hausse globale des effectifs des dix dernières années, il est prévu d’utiliser le retour à la normale démographique pour supprimer des postes.

Quelques académies font du saupoudrage horaire en dégradant d’autres dispositifs. Par exemple, la direction académique de Seine-Saint-Denis a retiré 10 heures de dotation horaire globale aux établissements « sensibles » pour réaffecter 4 heures aux établissements « réussite ». Cela démontre une fois de plus que ce dispositif n’a pour autre but que de détricoter l’éducation prioritaire.

Pas de moyens, pas de critères nationaux, pas de prise en compte des réalités socio-économiques… mais une mise au pas pédagogique.

Les établissements concernés vont subir, durant le premier semestre 2026, un audit. Après deux demi-journées où les personnels devront s’auto-admonester face aux résultats de leur établissement, une équipe composée d’inspecteur·rices, de personnels de direction et parfois conseiller·es pédagogiques viendra, après une étude des « indicateurs » du collège, leur expliquer les bonnes méthodes. Ainsi, les résultats aux examens ne reposent plus que sur les équipes qui en deviennent comptables. C’est une bascule de l’obligation de moyens vers l’obligation de résultats qui n’est pas sans rappeler les dérives du modèle anglo-saxon.

L’objectif alors ne sera plus de tendre à une émancipation des élèves par l’école mais à une pédagogie de la répétition visant à intégrer les « savoirs fondamentaux » testés lors des évaluations nationales. En d’autres termes, former une partie de la jeunesse à des « basiques » nécessaires à leur exploitation dans un système capitaliste en évitant de trop réfléchir au système.

Ce dispositif, en plus d’attaquer les personnels dans le cœur de leur métier, la pédagogie, conduit à conforter une école à plusieurs vitesses. ■