Enseignement agricole : renouveler,féminiser et bifurquer

La formation des agriculteur·ices de demain est l’occasion de changer la donne. Le Snetap-FSU, qui organise les personnels de l’enseignement agricole public, est à l’offensive.

Le Snetap-FSU, ultra-majoritaire dans son secteur, engagé dans l’Élan commun avec le Snuitam-FSU, la CGT Agri et Sud Rural Territoires au sein du ministère de l’Agriculture, défend le projet d’un autre système agricole et alimentaire avec de nombreuses associations, collectifs et organisations, au premier rang desquels la Confédération paysanne. Avec elle, il fixe « l’objectif d’installations nombreuses pour avoir un million de paysan·nes autonomes plutôt que peu de fermes avec un salariat massif ».

Renouveler et féminiser ?

Pourtant le système agro-industriel, défendu par de puissants lobbys économiques et professionnels, est à l’opposé de ce modèle et conduit l’agriculture française, et avec elle l’eau, l’air, la biodiversité, la santé, etc. dans une impasse mortifère. En 2020, on recensait 416 346 exploitations et 813 000 personnes y travaillant de façon permanente. Le nombre de femmes (seulement un quart des chef·fes d’exploitation et 30 % des actif·ves agricoles sont des femmes) a diminué de 28 %, contre 18 % pour les hommes entre 2010 et 2020.

Plus de 40 % des chef·fes d’exploitation ont plus de 55 ans et partiront à la retraite d’ici 2035 et le nombre d’exploitations devrait diminuer de 30 %. Les inégalités sociales sont énormes : près de 18 % (14,4 % pour l’ensemble de la population) vivent sous le seuil de pauvreté, précarité aggravée par un endettement massif. Loin, très loin par exemple de la situation du « patron » de la FNSEA, véritable « agro-businessman » PDG du groupe agro-alimentaire Avril.

Les filles représentent 44 % des effectifs de l’enseignement technique agricole, mais, derrière ce chiffre se cachent des disparités selon les filières, qui restent encore très genrées (agroéquipement, services, etc.)

La loi d’orientation pour la souveraineté agricole et le renouvellement des générations (Losarga), adoptée en février 2025, a acté des reculs majeurs en matière environnementale et n’a en rien réglé les problèmes urgents (foncier, revenu paysan) du monde agricole. Elle fixe l’objectif, bien timide, de « renouveler les générations » et de former 30 % de lycéen·nes, étudiant·es, apprenti·es, stagiaires de la formation continue, en plus par an (+ 2 000/an), en développant la place des femmes en agriculture. Sans choc des moyens, sans réelle volonté de transformer le système agricole et alimentaire, l’objectif ne sera pas atteint.

Changer de modèle ?

Les établissements d’enseignement agricole public, déjà engagés dans les plans « enseigner à produire autrement », y sont prêts. Mais ils sont soumis aux injonctions contradictoires des pouvoirs publics (avec par exemple la disparition de la notion d’agroécologie dans la Losarga), aux pressions des organisations professionnelles majoritaires (FNSEA, Jeunes Agriculteurs, Coordination rurale), dont les représentant·es siègent dans les conseils d’administration et remettent en cause des projets pédagogiques, et aux discours les plus rétrogrades.

Ainsi ceux du député RN Tanguy qui affirmait en mai 2024, lors d’une réunion de la commission des finances de l’Assemblée nationale, avoir « beaucoup de retours d’enfants d’agriculteurs qui se plaignent […] des cours présentant une certaine vision de l’écologie, de la décroissance, du bien-être animal, qui leur expliquent que leurs parents ne savent pas travailler et qu’il faut faire autrement, […] des enseignements idéologisés […]. » Propos évidemment vivement dénoncés par le Snetap-FSU ! ■

OLIVIER GAUTIE, SECRETAIRE GENERAL ADJOINT, SECTEUR POLITIQUE SCOLAIRE ET LAÏCITE (SNETAP-FSU)