Obtenir un statut pour les AESH !

PAR VERONIQUE AUBIGNY ET PIERRE RIPART

Le 7 janvier 2026, le Sénat a refusé la proposition de loi socialiste qui visait, notamment, à créer un statut pour les accompagnant·es des élèves en situation de handicap (AESH). Son examen avait débuté le 17 décembre en commission. La veille, la FSU, au sein d’une intersyndicale soudée, avait appelé à la mobilisation.

Le constat est clair, partagé et de plus en plus connu. Les AESH sont majoritairement des femmes (93 %) qui subissent un temps partiel imposé (l’essentiel des contrats ont une durée de 24h hebdomadaire), une rémunération largement inférieure au Smic (850 euros mensuel) obligeant bien souvent à cumuler avec un autre métier, une absence d’évolution de carrière et des conditions de travail largement dégradées depuis la mise en place des pôles inclusifs d’accompagnement localisés (Pial), au sein d’une école inclusive agonisante. Le tout conduisant à un manque évident d’attractivité : sur les 382 000 élèves bénéficiant d’une notification pour un accompagnement humain, près de 49 000 en étaient encore privé·es en cette rentrée 2025.

Les dernières mobilisations ont permis des avancées mais qui restent largement insuffisantes. Nationalement, une grille d’avancement rend depuis 2021 le changement d’échelon automatique, tout comme l’accès au CDI quand le premier contrat est reconduit. Localement, les actions et grèves permettent aussi des avancées : prise en compte des heures supplémentaires en cas de sortie scolaire, mise en place d’un délai en cas de modification d’un emploi du temps et donc d’une affectation en cours d’année, jours de fractionnement… Mais tout cela est insuffisant. La FSU s’est dotée de mandats clairs, lors de son dernier congrès, en février 2025 à Rennes : la création d’un statut de catégorie B est devenue une de ses priorités.

Une loi rejetée par la droite et l’exécutif

À l’occasion de leur niche parlementaire une proposition de loi a été portée par les sénateur·ices PS, visant à fonctionnariser les AESH. Un projet imparfait, qui a eu le mérite d’exister et qui a permis de (re)mettre dans le débat public la question essentielle de la lutte contre la précarité pour les personnels de l’Éducation nationale, et plus largement pour les agent·es de la fonction publique. Formation, temps de travail, salaire, statut, le projet de texte a été amendé et revu par la commission réunie le 17 décembre 2025, précédée d’une journée nationale d’action dont on regrettera l’absence d’appel clair à la grève. L’examen du texte a permis aux sénateur·ices de droite (et leurs allié·es), ainsi qu’au ministre Édouard Geffray, d’exprimer à nouveau leur mépris pour les collègues et l’école publique en rejetant ce texte, au motif principal de son coût prétendument trop élevé. Argument fallacieux quand on observe que le budget de l’État pour 2026 fait la part belle au patronat et aux exonérations fiscales. Tout est question de choix. Si ce rejet était largement attendu, le Sénat et le ministère ont à nouveau bien fait comprendre qu’ils tournaient le dos au progrès social et renvoyaient dans leurs cordes les AESH, qui représentent maintenant le deuxième métier à l’Éducation nationale.

Poursuivre les mobilisations et gagner !

Édouard Geffray a annoncé l’ouverture en mars de « travaux » sur le statut des AESH pour « nourrir les conclusions de la conférence nationale du handicap qui interviendront au mois de juillet ». Cela sera l’occasion de poursuivre la mobilisation nationale engagée avec la pétition intersyndicale (83 000 signataires), les précédentes journées d’action, les communications unitaires et de continuer de défendre le métier d’AESH et ses personnels précarisés, en quête d’une légitime reconnaissance statutaire. Dans cette perspective, le livre de Frédéric Grimaud : AESH, un vrai métier1, tout comme les mobilisations enclenchées dans plusieurs départements, ou encore le versement rétroactif de l’indemnité REP/REP+ sont des appuis certains. La journée internationale de lutte pour les droits des femmes 2026 a aussi permis de visibiliser cette précarité structurelle et organisée subie particulièrement par les femmes et donc les AESH.

Amplifier la dynamique, créer le rapport de force et lutter pour gagner la reconnaissance statutaire du métier d’AESH, cela participera à refuser toutes les formes de précarité dans le monde du travail et le reste de la fonction publique. Reconnaissance statutaire, syndicalisation, élections professionnelles avec les agent·es, la FSU et ses mandats en sortiront plus fort·es ! Construisons un printemps des luttes ! ■

  1. AESH, un vrai métier. Frédéric Grimaud. Syllepse, 2025.