Rompre avec la marche du monde

Le capitalisme de la finitude tente un passage en force en ce début d’année avec l’intervention des États-Unis au Venezuela ou leurs réelles menaces sur le Groenland. Le big stick de l’impérialisme fossile américain est de retour pour accaparer ressources et territoires tout en bouleversant l’ordre mondial chancelant issu de la Seconde Guerre mondiale avec la mise en place d’un « conseil de la paix » méprisant le droit international et à la botte de Trump.

Face à la perspective d’un basculement fasciste à très large échelle, les intérêts divergents des impérialismes et les contradictions internes de ce nouveau visage du capitalisme, conjugués aux inégalités engendrées et aux aspirations largement majoritaires de justice sociale et écologique, comme d’égalité et de liberté, permettent malgré tout de sortir d’une forme de sidération et d’ouvrir des fenêtres sur d’autres possibles. C’est ce que montre la révolte populaire iranienne, les différents soulèvements de la GenZ comme au Népal, au Maroc ou à Madagascar ou encore les mobilisations pour les droits et libertés aux États-Unis, notamment face à la police fédérale de l’immigration et plus largement face à la volonté de tournant fasciste du pouvoir trumpiste. L’occasion pour le syndicalisme de manifester bruyamment sa solidarité internationaliste sans faille envers ces vagues de résistances et d’espoirs.

En France, le « jour sans fin » parlementaire s’est terminé avec le retour brutal du 49.3, négocié entre le pouvoir macroniste et les tenants d’un budget à tout prix, qui tournent ainsi le dos au programme de rupture élaboré par le Nouveau Front populaire. L’entreprise de démantèlement de l’État social se poursuit donc à travers une politique de l’offre très vaguement édulcorée. Tout ceci sur fond de crises démocratique et politique toujours aussi vivaces et d’une fuite en avant vers l’autoritarisme et l’illibéralisme. Cette poursuite coûte que coûte d’un maintien mortifère du capitalisme sous perfusion, au profit des plus riches et sur le dos du reste de la population, fait au passage le lit de l’extrême droite pour les prochaines élections.

Néanmoins, même si le cap global est maintenu, le pouvoir a dû reculer sur les éléments antisociaux les plus saillants de son projet budgétaire initial. Non pas suite à des petits arrangements de couloirs à l’Assemblée mais grâce au mouvement social de cet automne, qui a confirmé la large adhésion de la population aux exigences syndicales de justice sociale, fiscale et climatique.

Sans attendre, engageons de façon très volontariste notre syndicalisme dans de multiples campagnes de terrain, en faveur des services publics dans le cadre des municipales à venir comme de façon plus sectorielle pour nous opposer aux déclinaisons budgétaires et élaborer collectivement, face à l’extrême droite et au néolibéralisme finissant, d’autres perspectives en partant des besoins constatés. Se mettre en mouvement(s) pour rompre avec la marche du monde telle qu’elle s’annonce… ■

ARNAUD MALAISÉ