Mettre les questions éducatives au centre de notre campagne

Le ministre a annoncé le 8 janvier dernier rendre facultatif les groupes de besoins en collège, hors plan pour les 800 établissements à faibles résultats au DNB. Si c’est indéniablement une victoire, ce recul ne doit pas occulter le fait que pour le premier degré, l’ensemble des mesures du choc des savoirs est déployé y compris avec des pressions voire des sanctions contre celleux qui s’y opposent. Citons la réécriture des programmes, la généralisation des évaluations, la promotion du redoublement et des prises en charge individualisées et hors la classe (APC, SRAN…) pour traiter la difficulté scolaire. Pour réussir les personnels du premier degré, comprendre ce qui a entraine les réussite de la mobilisations du second degré nous parait nécessaire.

Cet abandon est bien évidemment le produit de l’importante mobilisation contre cette mesure devenue l’étendard de la logique de tri social des élèves imposée au service public d’Éducation. Grèves, rassemblements, motion d’établissements ont permis l’agrégation des personnels et des parents d’élèves l’année de l’annonce des mesures du choc des savoirs. Depuis, la mobilisation s’est poursuivie, sous les radars médiatiques, par la multiplication des blocages, des résistances, élaborés au sein des établissements. À cette mobilisation il faut ajouter les réticences des hiérarchies intermédiaires, chef·fes d’établissements en tête, qui ont objecté des raisons organisationnelles au déploiement d’une mesure de tri dont iels n’étaient pas convaincu·es de l’efficacité. Par ailleurs, le camp du pouvoir n’était pas homogène dans la défense de la mesure. En témoigne la démission d’une partie du CSEN lors de la promulgation du choc des savoirs, faisant valoir les acquis de la recherche démontrant le caractère inégalitaires des groupes de niveaux.

Comment rassembler et adapter ces ingrédients dans un premier degré laminé par 8 ans de politique blanquérienne ? Comment légitimer à une échelle large sa critique ? Comment motiver les résistances pédagogiques ? Comment ébranler les hiérarchies intermédiaires pour qu’elles ne soient plus les porteuses zélées des orientations ministérielles ?

Il ne s’agit pas d’occulter le fait que nous n’avons pas réussi jusqu’à présent à amener la profession au niveau de conflictualité suffisant pour imposer des reculs en matière de politique éducative. Mais baisser les bras sur ce sujet reviendrait à mettre de coté notre volonté profonde de transformation de l’école pour rompre avec les inégalités scolaires dont l’inscription dans les pratiques professionnelles constitue un élément important de la dégradation des conditions de travail.

Les contenus des apprentissages et les pratiques pédagogiques doivent avoir une place centrale dans notre campagne de terrain et dans notre campagne médiatique.

Mobiliser les collègues c’est montrer les ruptures opérées par le ministère à rebours des consensus scientifiques.

Mobiliser les collègues c’est pointer les mesures du choc des savoirs agissantes dans le premier degré qui participent au tri social des élèves.

Mobiliser les collègues c’est construire des cadres unitaires : syndicaux, politiques et pédagogiques.

Mobiliser les collègues, c’est faire rentrer dans la bataille la recherche en éducation, comme nous avons su le faire au début du quinquennat Blanquer

Mobiliser les collègues c’est mener une bataille culturelle auprès des personnels et des parents d’élèves pour peser dans le débat public.

Mobiliser les collègues c’est leur redonner du pouvoir d’agir pour asseoir leur légitimité professionnelle.

Mobiliser les collègues c’est les engager à mener le conflit avec les hiérarchies intermédiaires dans chaque circonscription, dans chaque résidence pédagogique, dans chaque constellations, dans chaque rencontre avec l’IEN afin de les désolidariser des injonctions ministérielles.

Mobiliser les collègues c’est les convaincre que les résistances pédagogiques sont quotidiennes et primordiales.