Congrès du SNEP-FSU – Texte d’orientation de l’Ecole Emancipée et des syndiqué·es hors tendance

La vie démocratique d’une organisation syndicale repose sur sa capacité à organiser les temps d’échanges et de débats qui vont nourrir ses prises de décisions. Dès lors que celles-ci engagent la totalité de l’organisation, il est en effet essentiel qu’elles soient légitimées par des processus les plus collectifs possibles. 

Les instances régulières à l’échelle départementale, académique et nationale, permettent aux militant·es d’agir au quotidien dans le respect des mandats adoptés en congrès, réunis pour le SNEP-FSU comme pour la FSU tous les trois ans. Ces mandats concrétisent les valeurs, les principes et les orientations, sur lesquels reposent notre syndicat et notre fédération, et guident leur activité. Ils évoluent bien sûr dans le temps en fonction des (contre)réformes, du contexte social, politique ou des évolutions sociétales. 

Le SNEP et la FSU se définissant comme des organisations syndicales de lutte et de transformation sociale, leurs mandats sont porteurs à la fois de revendications au plus près de l’exercice des métiers (pour le SNEP-FSU celui d’enseignant·es d’EPS ou de professeur·es de sport du ministère chargé des sports), mais aussi de revendications plus générales visant à la transformation émancipatrice de la société et à la construction d’alternatives au néolibéralisme.

Dès lors, et régulièrement, la question se pose de l’articulation entre « spécifique » et « général » et des actions militantes à développer pour mener cette double tâche (améliorer le quotidien immédiat et préparer l’avenir). 

La reconnaissance de la haute expertise du SNEP-FSU sur les sujets qui touchent son champ de syndicalisation, la confiance renouvelée des collègues lors des élections professionnelles, la place majoritaire qu’il occupe de ce fait dans les instances avec l’administration lui confèrent une audience importante auprès de la profession. Celle-ci lui donne aussi une responsabilité particulière dans la mise en mouvement des personnels et le développement d’une activité syndicale susceptible de peser et d’améliorer la vie, au travail mais aussi plus globalement. Nous sommes d’accord avec le sociologue Karel Yon pour qui le syndicalisme de transformation sociale renvoie à l’idée que l’on ne peut pas défendre efficacement les travailleuses et travailleurs sans tenir compte de tout ce qu’ils et elles sont et vivent au-delà de leur emploi. Se saisir des problématiques liées à leur statut de citoyen·nes ou d’habitant·es, leur identité de genre ou leur orientation sexuelle, leur nationalité ou leur trajectoire migratoire, leur appartenance générationnelle ou leur inscription dans un milieu naturel… est donc indispensable. Tout comme il est indispensable de se saisir des problématiques directement liées à nos conditions de travail, au traitement de l’EPS et du sport scolaire par les gouvernements successifs, aux questions d’entrée dans le métier ou de déroulement de carrière, aux services publics du sport et de l’Éducation.   

Les scandales comme celui de Betharram, révèlent par exemple combien, en France, l’École peut être le cadre de violences psychologiques, physiques, sexistes et sexuelles. Plusieurs études montrent qu’elle continue de produire et reproduire ségrégation, racisme et inégalités. 

Contournements de cartes scolaires, orientation en LP, LGT, dans l’enseignement supérieur selon les classes sociales et/ou le genre, préjugés liés à la couleur de peau ou à l’origine présumée perdurent dans les écoles et les établissements scolaires. Cette réalité touche bien sûr aussi l’EPS et l’association sportive. 

Les inégalités liées à la géographie, au climat, aux choix politiques des collectivités locales, au nombre et à la qualité du bâti scolaire et des installations sportives ont aussi des conséquences directes sur les conditions d’enseignement et d’étude et les rendent fortement inégales sur l’ensemble du territoire. 

Ces inégalités/discriminations, qu’elles soient de classe, ethnoraciales, de genre ou territoriales, à l’École mais aussi bien plus largement dans la société, sont renforcées par les choix du pouvoir exécutif, guidés par l’idéologie néolibérale.  

Le néolibéralisme est fondé sur la croyance que la liberté des individus à suivre un parcours selon leur mérite ou leurs revenus, et celle du marché, conduisent à leur efficience (notamment à générer toujours plus de profits). Il poursuit ainsi depuis une cinquantaine d’années, une entreprise de réduction de l’intervention et de l’investissement de l’État. Il organise les coupes dans les politiques de protection sociale, affaiblit les services publics en réduisant leurs missions et en les privant de moyens quand ce n’est pas, sous de faux prétexte d’efficacité et de modernisation, en cherchant à les privatiser comme c’est le cas pour des secteurs de l’éducation, la santé ou l’énergie …

Le capitalisme néolibéral, à la racine d’immenses disparités de ressources entre les milliardaires et les millions de pauvres, conduit à la présentation de budgets de l’Etat austéritaires imposant des dizaines de milliards d’économies sur les dépenses publiques. En refusant de taxer les ultra riches il fait porter le poids de cette austérité sur les plus modestes pour qui les services publics et les prestations sociales sont indispensables à la satisfaction de leurs besoins essentiels voire à leur survie. 

Parce qu’il multiplie les crises sociales, écologiques, démocratiques, politiques, alimente la xénophobie et favorise les régimes autoritaires et le recours à la guerre, il ne peut être question d’une quelconque adaptation de ce système. Il faut rompre avec lui et les organisations syndicales ont un rôle déterminant à jouer dans le processus qui le permettra. 

Le passage en force de la réforme des retraites malgré une très forte mobilisation conduite par la totalité de l’intersyndicale en 2023, mais aussi l’enfermement d’Emmanuel Macron dans le refus de nommer un·e premier·e ministre du Nouveau Front Populaire malgré la victoire de la gauche rassemblée aux élections législatives anticipées de 2024 le montrent : aucune des alternatives porteuses d’un monde plus juste socialement et respectueux des écosystèmes, pourtant crédibles et réalisables, ne pourra être mise en œuvre sans qu’elle soit imposée par un rapport de force de très haut niveau. 

Dans un contexte global marqué par la poussée réactionnaire et le risque de voir arriver l’extrême droite au pouvoir, l’engagement syndical à développer et entretenir des liens de solidarité étroits avec les mouvements de jeunesse, étudiants, féministes, paysans, etc. pour créer les convergences de tout le mouvement social est ainsi crucial afin de résister à la radicalisation autoritaire du néolibéralisme. 

La participation des organisations syndicales à la lutte politique est essentielle pour passer à l’offensive et poser les bases d’une alternative sociale et politique capable de réhabiliter l’idée qu’un autre monde est possible. L’engagement syndical a, de cette façon, sans nul doute compté dans la victoire du Nouveau Front Populaire et de son programme en 2024 et permis de freiner un tant soit peu l’ascension du Rassemblement National. 

Pour l’Ecole Emancipée, c’est parce qu’un mouvement social large, indépendant mais en lien avec les organisations politiques progressistes, aura pu imposer une alternative aux orientations libérales, que nous reconquerrons des services publics rénovés et démocratisés dans lesquels nous, enseignant·es d’EPS et professeur·es de sport, aurons toute leur place.

Après avoir accompagné les prises de conscience, il est donc pour nous indispensable que le SNEP-FSU encourage et favorise l’engagement de ses adhérent·es dans la vie de notre fédération la FSU et, au-delà, dans les mobilisations interprofessionnelles et les différents cadres unitaires de luttes pour défendre et/ou promouvoir les valeurs qui sont les nôtres. 

Comme tout le SNEP-FSU, l’École Émancipée revendique la baisse des effectifs par classe/groupes, des installations de qualité, une formation initiale et continue à la hauteur des enjeux, des horaires d’EPS portés à 4 heures hebdomadaires… Elle défend aussi l’idée d’une éducation physique sportive et artistique émancipatrice, dont les APSA sont le contenu et le support, mettant en œuvre les pédagogies innovantes et interdisciplinaires, les approches coopératives et créatives où le corps est perçu comme une source de mouvements favorisant l’épanouissement, l’affirmation de sa singularité et de son ouverture aux autres, comme source de pensée et de créativité; où le corps, les sensations et émotions ne sont pas subordonnés à une finalité performative source d’exclusion. 

Enfin, l’Ecole Emancipée porte, y compris au sein du SNEP-FSU, la critique fondamentale du sport de compétition de haut niveau et celle des (Grands) évènements sportifs internationaux, y compris les JOP. Scandales financiers, dopage, dépenses pharaoniques, tricheries, nationalismes exacerbés, compromissions politiques, massacre écologique, inégalités de genre, violences sexistes, sexuelles, homophobie et transphobie, éviction des populations non désirées et/ou défavorisées de l’espace public, tentation sécuritaire par la vidéosurveillance algorithmique, maltraitance des centaines de salarié·es, bénévoles et des athlètes elles et eux-mêmes qui commencent à lever le voile et médiatiser la mise à mal régulière de leur santé mentale… en sont des constantes, et les JOP de Paris n’ont pas dérogé à la règle.

Non il ne s’agit pas de purifier le sport, les institutions sportives et leurs pratiques : il n’est pas possible de réformer l’idéologie libérale dominante à laquelle ils sont inféodés et dont ils se nourrissent.

Après Paris en 2024, les Alpes pourraient accueillir les JOP d’hiver en 2030. L’Ecole Emancipée appelle le SNEP-FSU à soutenir le collectif de citoyen·nes qui s’y oppose. 

C’est cette orientation que défend l’École Émancipée au SNEP et à la FSU.

Pour la renforcer, votez et faites voter pour la liste École Émancipée !

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