Le rendez-vous était donné le week-end des 11 et 12 octobre à Thourotte et Longueil-Annel1, au nord de Compiègne, là où au bord du canal latéral à l’Oise les ancien es batelier ers habitent et regardent défiler les péniches. Là où la rivière Oise a été détournée pour laisser passer le projet fou et pharaonique de Xavier Bertrand, président des Hauts-de-France, aux ambitions présidentielles.
Les provocations policières n’ont pas découragé les 2 500 participant·es qui ont décidé de couper à travers champs pour aller voir de plus près « ce chantier du siècle ».
Ces 10 milliards d’euros qui pourraient renforcer les services publics plutôt qu’alimenter une lubie capitaliste, mondialiste et passéiste. Alors on se mouille, on se jette à l’eau, on pagaie, le tout donc sous le regard médusé des gendarmes dépassé·es qui ne pouvaient que constater leur impuissance à coup de lacrymos.
En bande organisée, personne peut nous canaliser !
Bambinerie, crêpes, cantine des luttes, mais aussi veille anti-oppression et anti-violences sexuelles et sexistes, c’est sur une parcelle privée et dans la bonne humeur que la mobilisation s’est poursuivie le soir avec une mégateuf, des feux d’artifices tirés depuis un chantier impossible à sécuriser, des occupations d’arbres.
La journée du lendemain fut rythmée par des tables rondes, des balades naturalistes, une assemblée des luttes. C’était tellement bien que même les renseignements territoriaux et la gendarmerie nationale ont voulu rejoindre la partie ! Au cœur des débats : c’est quoi le système mégacanal ? Quelles alliances construire ou poursuivre ?Comment élargir les mobilisations ? Comment associer toujours plus les habitant·es aux luttes ? C’est quoi la FSU (oui oui !) ? Pourquoi les syndicats sont aussi mobilisés2 ?
Avec les camarades du Groupe national de surveillance des arbres, des Scientifiques en rébellion3, les Naturalistes des terres, Extinction rébellion, Méga canal non merci, Bassines non merci, la Confédération paysanne, Sud-rail, la FSU Oise… on évoque par exemple la lutte à Géodis pour un « soulèvement des salaires », l’écosyndicalisme, le syndicalisme… on pense, on chante, on imagine ensemble, et ça fait du bien !
Fortes d’un écho médiatique national, de liens locaux renforcés et d’une camaraderie bien ancrée, ce sont maintenant les suites de la mobilisation qui sont envisagées. Le travail pédagogique doit se poursuivre (y compris dans la FSU) pour que l’élan pris se généralise, fasse reculer les promoteur·euses de ce projet nuisible, écocide et antisocial.
Et que le canal fasse un méga plouf ! ■
PIERRE RIPART
NOTES :
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- Ancien bastion ouvrier, industriel et où la cité des bateliers retrace l’histoire de la batellerie
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- Sur la centaine de participant·es présent·es au débat auquel la FSU Oise a participé, une vingtaine de personnes était syndiquée.
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- Par exemple Agnès Ducharne, chercheuse au CNRS en hydrologie et climatologie ou un collectif. https://reporterre.net/Megaprojet-de-Canal-Seine-Nord-une-vingtaine-de-chercheurs-demandent-un-moratoire).
