Soulèvement du peuple iranien

les manifestations, débutées au Grand Bazar de Téhéran, se sont propagées à tout le pays. Toutes les villes, toutes les tranches d’âge, toutes les classes sociales, toutes les ethnies, tous les secteurs sociaux ont été touchés par des manifestations spontanées qui convergent vers une exigence : que le pouvoir rende des comptes.

Les révoltes populaires sont incessantes en Iran, mais habituellement dispersées sur le plan géographique ou social. Cette fois-ci la révolte va au-delà et touche au fondement du régime : elle concerne les richesses, la corruption, et donc la légitimité des élites au pouvoir. Celui-ci joue donc sa survie. Ce qui explique qu’après avoir bloqué Internet, les autorités ont déclenché une répression d’une brutalité inouïe : balles de guerre tirées dans la tête des manifestant·es, cadavres et blessé·es enlevé·es des hôpitaux, refus de rendre les corps abattus à leurs familles.

Dans la période récente, l’Iran a été confronté à de multiples chocs politiques, économiques, sociaux et géopolitiques, dont le retour des sanctions de l’ONU en septembre 2025, l’effondrement de toute la structuration géopolitique régionale du régime, du Hezbollah au Liban au régime Assad en Syrie et surtout la guerre des 12 jours en juin 2025 (bombardements israéliens sans résistance significative de la part de l’armée iranienne).

L’intensification des tensions géopolitiques avec les États-Unis et Israël, la présentation de ce soulèvement comme un mouvement manipulé visant à restaurer la monarchie Pahlavi – grand ami de Netanyahu – ainsi que les menaces de Trump d’apporter un soutien militaire aux manifestant·es sont utilisés par le régime pour tenter de resserrer les rangs. Une action militaire israélienne ou américaine au moment où les Iranien·nes descendent dans la rue profiterait certainement au régime.

Il est donc urgent de s’opposer collectivement aux massacres perpétrés par la République islamique, et dans le même temps de s’opposer à toute forme d’intervention militaire sous prétexte de sauver le peuple iranien.

La possibilité que ce soulèvement aboutisse là où les autres ont échoué est difficilement envisageable: le régime conserve un pouvoir coercitif important, l’opposition est fragmentée. Pourtant, la convergence des crises qu’affronte l’Iran permet de croire que la stabilité du régime n’est pas assurée. Et si on peut penser que le changement viendra, rien ne dit la forme qu’il prendra ni son prix pour le peuple iranien.