ENTRETIEN AVEC **Julien FONTÉ et Béatrice FAUVINET** – Congrès de la FSU territoriale – « Nous avons créé une identité syndicale propre »

Julien Fonté et Béatrice Fauvinet, les deux co-secrétaires généraux de la FSU Territoriale, reviennent sur les principaux enjeux du congrès de leur syndicat national aui s’est tenu à Tours à l’automne dernier.

Effectivement, la territoriale est très hétérogène avec environ 250 métiers différents, dont de nombreux extrêmement genrés et une diversité d’employeurs, de la grande région à la petite commune rurale. Il s’agit de conforter le commun autour des questions de service public ou de problématiques statutaires, tout en proposant également une entrée dans le quotidien des métiers.

Nous avons beaucoup développé ce commun ces dernières années avec des débats thématiques dans nos instances nationales sur des questions de «valeurs» à articuler avec notre syndicalisme, l’écologie ou l’égalité par exemple, comme des questions de métiers, la petite enfance par exemple. La consolidation de secteurs thématiques autonomes, permettant aux militant es d’échanger sur leur quotidien, contribue à alimenter la réflexion, à préciser nos revendications et ainsi à remettre de l’unicité dans notre syndicalisme. Tout cela est possible aussi grâce à notre niveau de maturité : nous avons dépassé la phase de construction, nous avons créé une identité syndicale propre dépassant largement la simple addition de nos deux syndicats originels.

► Quelles tensions et quels nœuds avez-vous surmontés durant votre congrès ?

Par exemple, le sujet de la police municipale avec tous les enjeux de son basculement à l’œuvre vers des missions relevant de la police nationale et la hausse du nombre d’agent-es syndiqué-es à la FSU. Il s’agissait de trouver l’équilibre entre la réalité de terrain, avec des missions de plus en plus dangereuses débouchant sur des demandes de suréquipement et d’armement, et nos valeurs de transformation sociale. L’élaboration d’une synthèse a permis de pointer notre horizon d’une police municipale recentrée sur des missions de prévention au service du vivre ensemble ; et tout ça, en prenant en compte le réel, avec l’exigence de formation et d’équipement à même de garantir la sécurité des agent-es en revendiquant en même temps des formations à la médiation et à la désescalade. On a abouti à un équilibre entre notre entrée métier et notre projet de société, nous permettant de ne pas opposer les un-es aux autres.

Cette méthode de recherche de synthèse permet d’aller à contre-courant de la fracturation du monde du travail et d’élaborer des manières de faire du syndicalisme en permettant au plus grand nombre de s’y retrouver sans rien enlever à nos valeurs et nos principes.

► Comment vous emparez-vous de la résistance syndicale face à l’extrême droite ?

À l’approche des élections municipales avec la menace de l’extrême droite, la question des appels au vote a été également débattue dans notre congrès. Notre rapport à l’employeur n’est pas le même qu’ailleurs dans la fonction publique, son basculement à l’extrême droite aurait des conséquences plus directes sur notre militantisme et poserait immédiatement la question de comment résister par la suite au quotidien. Nous n’avons pas adopté de mandat national, renvoyant l’élaboration de consignes de vote à chaque syndicat local. Au regard des contextes sociaux et politiques différents selon les territoires, de l’ancrage plus ou moins fort des partis d’extrême droite ou de droite extrême, la stratégie nationale se doit d’être appropriable par toutes et tous nos militant·es, sans les mettre en insécurité.

Nous n’avons pour autant jamais éludé la question de l’extrême droite et des stratégies syndicales pour la contrer, une question présente bien avant les dernières législatives dans nos discussions internes. Comment faire pour rattraper des gens tentés par elle et démontrer en quoi la fonction publique n’est pas compatible avec l’extrême droite ? Il s’agit de bien peser les choses, de trouver les mots, d’outiller en proposant des lectures ou des formations syndicales au cours desquelles nous privilégions une entrée par les questions de statut et de métier. Nous aborderons donc le rapport de l’extrême droite avec cette entrée, c’est une approche pas forcément directe, même si les deux sont nécessaires, qui permet de questionner et faire douter.

Par ailleurs, le RN ne va pas forcément s’attaquer frontalement au syndicalisme. Diverses stratégies sont à l’œuvre, entre l’autoritarisme redoublé de violence à Hénin-Beaumont et d’autres plus indirectes comme dans le Vaucluse. En outre, il est parfois difficile de distinguer ce qui relève de pratiques spécifiques d’extrême droite ou d’un autoritarisme patronal qui peut exister dans des collectivités dirigées par d’autres partis politiques. Ce n’est pas forcément dans le rapport au fait syndical que se retrouve la particularité des politiques locales d’extrême droite, mais dans les obsessions sécuritaires, les politiques culturelles ou scolaires qui peuvent discriminer. Reste qu’il faut que nous poursuivions notre réflexion sur ce que nous pouvons mettre en place pour protéger les agent·es et le service public tout en préservant notre outil et notre ligne syndicale. Ces questions stratégiques importantes ne sont pas tranchées et sont amenées à évoluer.

► Comment vous appropriez-vous le mandat fédéral sur la maison commune FSU/CGT ?

Maintenant, si nous ne sommes pas au point de nommer explicitement la maison commune dans nos mandats, il est possible d’évoquer la démarche de manière sereine. Les explications données du cadre du mandat de Rennes, où nous continuons à discuter et à organiser des débats ou des formations communes avec la CGT, bref où nous continuons à travailler ensemble et à cheminer sans perdre notre identité les un·es et les autres, ont rassuré les congressistes.

Nous avions rencontré des petites turbulences avec les articles parus dans les journaux fin 2023, au début du processus, qui avaient créé un petit émoi.

Les relations entre FSU et CGT dans les collectivités locales sont également diverses et peuvent ne pas faciliter la démarche engagée, les liens personnels jouent pour beaucoup comme le fait que certain·es syndiqué·es viennent de la CGT. De plus, nous sommes deux syndicats de transformation sociale s’adressant au même public, donc en situation de concurrence. Enfin, la CGT est organisée différemment de nous qui sommes un syndicat

multi-catégoriel, nous pouvons ainsi avoir quatre syndicats comme interlocuteurs qui relèvent de trois fédérations différentes.

► Quels sont les enjeux pour vous dans les élections professionnelles à venir ?

L’objectif sera de conserver notre siège au Conseil supérieur de la fonction publique territoriale et de faire voter parce que le grand risque, c’est encore la progression de l’abstention. Il faudra s’adapter à la multiplication probable du vote électronique. Pour continuer à se construire et maintenir la dynamique enclenchée depuis 4 ans avec une croissance du nombre d’adhérent·es, nous allons déposer le plus de listes possible. Nous essaierons ainsi de progresser en nous appuyant sur le gros boulot engagé avec les sections départementales de la FSU pour notre renforcement. Nous nous développons globalement en tache d’huile, nous étendant là où nous sommes déjà présent·es, et nous avons même créé trois nouveaux syndicats dans des départements où nous étions absent·es. ■

PROPOS RECUEILLIS PAR ARNAUD MALAISÉ