Jean nous a quitté·es brutalement alors qu’il était engagé dans un long combat contre la maladie.
Ami-es lecteur-trices, sachez que vous n’auriez sans doute pas cette revue entre les mains sans le volontarisme de Jean et de l’équipe qu’il formait avec Monique et Jorge! En effet, ce sont elle et eux qui ont reconstruit notre revue après la scission de l’École émancipée en 2002 et en ont fait un instrument incontournable pour notre intervention syndicale dans la FSU.
C’est en 1968 que Jean s’engage à l’université dans des combats pour l’émancipation, combats qui dureront toute sa vie. Il rejoint le SNESup et l’École émancipée. Il mène des luttes internationalistes sur tous les terrains qui nécessitent l’affirmation d’une solidarité (Vietnam, Amérique latine, Irlande, Nicaragua et Amérique centrale,
Ukraine récemment). Il milite beaucoup au sein de la LCR où il défend une orientation résolument unitaire.
Après la scission de la Fédération de l’Éducation nationale (la FEN) en 1991, il pousse activement à ce que l’ÉÉ s’engage pratiquement dans la constitution de la FSU. Il voulait y développer l’esprit d’un syndicalisme interprofessionnel. En 1994, il a travaillé d’arrache-pied à l’élaboration des statuts de la nouvelle fédération, et y a pris une part décisive. Il y a défendu avec obstination un fonctionnement pluraliste. Pour lui, pour nous, ces histoires de statuts et de règlement intérieur, ce n’était pas des questions dites « administratives ». Cela devait avant tout incarner le profil politique de la fédération, ses principes, son projet syndical. Et Jean était le premier de cordée à œuvrer à cela.
Dans le SNESup, Jean a beaucoup contribué à renforcer la tendance. Il a fait partie de celles et ceux qui ont obtenu la reconnaissance de la légitimité des camarades de l’ÉÉ à participer aux exécutifs syndicaux. Ce qui n’était pas le cas dans la FEN, et n’a pas été une évidence dans le SNESup non plus, même après la création de la FSU. Il a ainsi inauguré la présence de l’ÉÉ dans les travaux du secrétariat national du SNESup, non sans mal parfois.
Pour de nombreuses et nombreux camarades qui ont décidé un jour de militer dans les instances syndicales nationales au titre de l’ÉÉ, les interventions particulièrement intelligentes et politiquement très claires de Jean dans les assemblées générales ou réunions nationales ont souvent été décisives. Il avait une vision très
lucide du milieu universitaire et du rôle du syndicat là-dedans, qui n’était pas un rôle de co-gestion, mais de luttes et de travail sur la « conscientisation » des collègues en vue de leur mobilisation, comme on dit dans notre jargon syndical.
Son énergie était contagieuse, son humour et son sens de l’autodérision amenaient dans nos discussions parfois trop sérieuses des rires qui nous rapprochaient et nous permettaient de prendre du recul. Et surtout, il y avait cet aspect humain. Toujours aller au resto après une réunion, boire un coup (des coups…) autour d’un bon petit plat… Et discuter… Et rigoler.
Tu nous laisses donc beaucoup de bons souvenirs, Jean, qui continueront à te faire vivre dans nos mémoires et à retrouver le sourire en pensant à toi, quand notre chagrin sera moins vif. Et nous continuerons nous aussi le combat!
