Œuvrer à un autre monde – une urgence syndicale

Donald Trump sidère le monde. Il a attaqué le Vénézuela, kidnappé et déporté son président. Il parle de Cuba, du canal de Panama…. Il annonce que le Groenland sera américain d’une manière ou d’une autre.
Il importe d’analyser en quoi les évènements récents correspondent à la phase actuelle du capitalisme. En quoi elle nous concerne directement. Et pourquoi le mouvement syndical doit y répondre.

La période d’après 1945 est celle d’un libéralisme sous hégémonie américaine. Malgré les logiques de blocs, le libre-échange triomphe.
Autour de 2010, naît une nouvelle époque de confrontation. Le « gâteau » des ressources étant limité, se développe à nouveau le chacun pour soi.
Comme le profit repose sur un modèle productiviste écocide, c’est à chaque bourgeoisie nationale de préserver ou d’agrandir sa part de ressources agricoles et naturelles. Ce capitalisme de la finitude, comme l’appelle Arnaud Orain, est source de logiques impérialistes, indissociables des courants politiques qui s’en revendiquent : le fascisme en premier lieu.
Si l’intégration de la Chine au marché mondial causait le plus grand bien au capitalisme, y compris américain, ce temps est désormais révolu : par son propre développement, la Chine remet en cause un ordre fonctionnant d’abord au profit des États-Unis. En effet, le capitalisme étasunien est encore dominant, mais son leadership économique et militaire est menacé par une Chine qui croît et s’arme à une vitesse accélérée.

Nous pouvons résumer ainsi la période : le développement capitaliste et le renforcement militaire de la Chine, sa volonté de ne pas se laisser imposer des règles qui fonctionnent au profit des États-Unis et les réactions que cela suscite chez les américain·es sont de nature à recloisonner le monde. Ce que Claude Serfati appelle la « multipolarité capitaliste » est source de rivalités inter-impérialistes et de guerres. L’Ukraine comme Gaza, désormais le Vénézuela en sont la démonstration concrète.

Dans ce monde en recomposition, deux logiques ont cours en Europe.
D’une part celles et ceux qui voudraient la perpétuation du système actuel.
Pour d’autres, c’est la volonté de se confronter aux blocs Chine/USA. C’est ce qui explique les déclarations de Macron suite à l’agression américaine. C’est ce qui explique le budget militaire en augmentation contrairement à celui de l’éducation, la réhabilitation de l’armée, l’encasernement de la jeunesse et les discours bellicistes de réarmement,  y compris démographique en objectivant les corps des femmes.
La partition précédente n’était déjà pas émancipatrice. Celle qui est en train de se jouer est mortifère. Cette brutalisation du monde entraîne déjà le démantèlement de tout ce qui reste d’État social. Mais elle bouleverse et violentise aussi l’ensemble des rapports entre États comme entre humains. C’est un danger mortel, au sens propre du terme.

Cela nous concerne directement parce que nous ne sommes pas à l’abri que la France participe à cette confrontation impérialiste. Cette vision du monde violente et viriliste, c’est celle de l’extrême droite qui est au porte du pouvoir en France. Comprendre cela, c’est comprendre l’urgence. Nos luttes actuelles sur le budget, l’école, nos luttes féministes, écologistes, pour les droits et libertés… sont les endroits pour le combattre. Reste l’outil à construire. Et comme l’histoire l’a montré : seul un solide front social, politique et populaire permettra de renverser la vapeur.