* Au milieu de l’été, 7 500 personnes se sont réunies lors de la seconde édition des Résistantes, ce qui en fait le rendez-vous militant le plus important de l’été. Retour sur cette initiative, qui a réussi à coaliser de nombreuses luttes territoriales, avec l’analyse de Julie Le Mazier, Secrétaire nationale de l’Union syndicale Solidaires présente pendant ces quatre jours de débats.
Quel bilan fais-tu de cette édition des Résistantes, au-delà de l’indéniable succès en terme de participation ?
Les Résistantes sont un festival qui rassemble des collectifs et organisations engagés dans une écologie populaire et ancrée dans les territoires, urbains comme ruraux. Il s’agissait cette année de la 2e édition, après la première en 2023 dans le Larzac, du 7 au 10 août, dans l’Orne. Le festival a largement atteint la jauge qu’il s’était fixé, avec environ 7 500 personnes au pic de participation, un public de tous âges proche des positions du syndicalisme de lutte mais souvent engagé dans d’autres formes de militantisme, curieux de mieux nous connaître.
L’organisation logistique exceptionnelle a fait surgir de terre (des champs prêtés) un village où l’ensemble des tâches était pris en charge par des bénévoles, de la nourriture à l’hygiène en passant par le soin des festivalier·es. Ce n’est pas anecdotique : un autre monde est vraiment possible et nous sommes capables de le construire en répondant aux besoins de tou·tes.
Mais le plus important, c’est la réussite de la stratégie portée par les organisateur·trices. Le réseau à l’origine du festival promettait au moment des législatives anticipées de 2024 de fédérer des territoires en résistance, dans les bourgs comme dans les quartiers. Ce n’était pas incantatoire. Ces luttes locales existent ou se sont construites dans des lieux souvent décrits à tort comme éloignés de notre camp social. La meilleure preuve, c’est le réseau sur lequel s’est appuyé localement le groupe d’organisation : le collectif 924, qui s’est battu contre la création d’un projet routier de 2 x 2 voies, et a obtenu une victoire juridique avec l’annulation de l’autorisation environnementale par la justice du tronçon en question le 26 juin. Pendant des mois, le collectif a aussi préparé toutes les dimensions logistiques du festival.
En quoi l’investissement syndical dans ce type de rassemblement, et notamment en lien avec des luttes locales, te semble stratégiquement important pour le syndicalisme de transformation sociale ?
De nombreux·ses syndicalistes étaient présent·es. Solidaires et le Printemps écologique avaient organisé un stand, et Vigilance et initiatives syndicales antifascistes (Visa) était là également. La présence syndicale sur ce type d’événements est essentielle pour mieux nous connaître, entre militant·es syndicaux·ales et acteurs·trices des luttes locales. C’est un moyen d’approfondir nos campagnes, comme celles contre Bolloré qui tentent d’imposer leur mainmise sur l’édition scolaire.
Nous avons fait voir aussi l’Alliance écologique et sociale1 (AES) en acte. Plusieurs de ses organisations étaient présentes, avec ses productions en évidence sur les stands. Nous avons présenté la campagne que nous menons avec SUD Rail et La Déroute des routes (qui réunit les collectifs de lutte contre les projets routiers) : « Moins de routes, plus de trains, nos lignes SNCF sont vitales ». Elle développe un plaidoyer sur la nécessité de reporter les investissements publics consacrés à des projets routiers (estimés entre 13 et 20 milliards d’euros) vers le système ferroviaire. Mais elle s’efforce aussi de coaliser les collectifs locaux qui luttent contre des projets routiers ou pour les collectifs locaux qui luttent contre des projets routiers ou pour les collectifs locaux qui luttent contre des projets routiers ou pour la défense de lignes SNCF. Nous en avons rencontré plusieurs au cours du festival.
Nous avons enfin porté les propositions de nos organisations pour une écologie protectrice, sur les droits à imaginer pour les salarié·es dans le cadre de la reconversion écologique de l’appareil productif: nouveau statut de salarié·e, sécurité sociale professionnelle.
Ces mouvements peuvent parfois être éloignés de nos pratiques syndicales, quels enjeux ce type de rassemblement pose-t-il à notre syndicalisme de lutte et de transformation sociale?
Convaincu·es que l’appartenance à un syndicat se justifie pour tou·tes les salarié·es, nous avons souvent un travail d’explication à faire pour montrer comment c’est possible dans tous les secteurs, malgré plusieurs décennies d’attaques en règle contre le monde du travail. Nous avons aussi à mieux faire connaître la façon dont nous prenons nos décisions : appeler à une grève, la construire, quand, comment… Nous sommes ainsi revenu·es sur les mouvements de 2019 et 2023 pour nos retraites. Nous avons clarifié le rôle d’un syndicat : nous n’avons pas de « centrales » ou de « directions » qu’il faudrait pousser, mais nous prenons nos décisions collectivement. La grève reconductible, nécessaire, ne se décrète pas, et notre boussole est celle de la construction de la lutte sur les lieux de travail, sans quoi nous n’avons aucune légitimité à agir. Et la grève par délégation, en attendant tout de secteurs bloquants comme le rail ou l’énergie, est à l’opposé de ce que nous demandent les salarié·es en question : ne pas être seul·es dans l’action. Autant d’échanges sincères qui étaient importants à la veille d’une rentrée sociale combative, et d’ailleurs préparée avec détermination au cours du festival.
Le dimanche matin, dans la bruine, il y avait une soixantaine de participant·es à notre atelier « Se syndiquer aujourd’hui pour protéger nos droit et en conquérir de nouveaux ». Nous avons pu répondre aux questions sur les moyens d’agir syndicalement malgré des statuts précaires, ou dans des milieux peu syndiqués comme celui des ouvrier·es agricoles.
Le mouvement social est traversé par des divisions nourries par nos adversaires, entre territoires, entre fractions de classe, autour des enjeux de sexisme et de racisme. Face à toutes les oppressions, notre meilleure réponse reste celle de l’alliance, qui permet de faire émerger nos intérêts communs et notre force.
PROPOS RECUEILLIS PAR JULIEN RIVOIRE
NOTE :
- https://alliance-ecologique-sociale.org
