Colloque « Racisme et discrimination raciale de l’École à l’Université »

mardi 8 janvier 2019  |  par  École Émancipée  | 

Fin septembre 2018 s’est tenu à l’Université Paris Diderot le premier colloque international et interdisciplinaire sur « Racisme et discrimination raciale de l’École à l’Université ». Réunissant des chercheurs et des chercheuses, des enseignant-es, mais également des militantes et des militants.

L’ambition de ce colloque était de documenter la réalité du racisme et des discriminations en éducation, un impensé et peut-être un impensable de l’École républicaine, mais également de rendre compte d’actions de formation effectuées. Dans un contexte marqué par des résistances énormes à la tenue de ce type d’initiative − Le Figaro a publié à cette occasion un article dénonçant la manière dont le «  racialisme indigéniste gangrène l’université » − le colloque s’est déroulé sans encombres et a été un véritable succès dans la mesure où il a réuni plusieurs centaines de personnes sur trois jours.

Articulant des conférences, des tables rondes et des interventions plus classiques, il a notamment posé la question des expériences de la discrimination et du racisme ordinaire en France, des pratiques scolaires de racisation − altérisation d’une catégorie de personnes sur la base de caractères naturalisés − et des différences de traitement existantes, de la culturalisation et de la racisation dans le regard des enseignant-es sur les publics mais également de la manière dont le racisme et l’ordre social racial pouvaient être vus par les enfants, ou encore des luttes antiracistes et anti-discriminatoires dans et autour de l’école. Ainsi, des politiques publiques,enpassant par les pratiques enseignantes et les comportements entre pairs, du racisme au quotidien au racisme systémique, différentes dimensions de la production et de la reproduction du racisme ont été appréhendées. De façon transversale, la perspective intersectionnelle, envisageant la manière dont s’articulent les rapports sociaux de race avec la classe ou le genre, a été évoquée à plusieurs reprises. Enfin, la dimension historique et coloniale n’a pas été laissée de côté puisqu’une table ronde y a été consacrée pour penser les transferts et/ou les héritages dans l’école d’aujourd’hui.

Pour finir, ce colloque a permis de rassembler, de donner confiance et d’ouvrir de nouvelles perspectives militantes et de recherches. Il a montré à quel point il était crucial de rendre visibles ces questions, y compris au niveau local, tant les discriminations et le racisme en éducation sont puissants et se reproduisent, même malgré nous. Écouter, se former à ces sujets, se remettre en question est aujourd’hui une des conditions essentielles dans la fabrication d’une école pour l’émancipation.

Des enfants roms ?

Dans le cadre de l’enquête EVASCOL −https://evascol. hypotheses. org− Alexandra Clavé-Mercier a réalisé une étude : l’évaluation de la scolarisation des élèves allophones nouvellement arrivés (EANA) et des enfants issus de familles itinérantes et de voyageurs (EFIV). Elle se demande si les « Roms/Tsiganes » peuvent être considéré-es comme des «  prisonniers de l’école ». Elle montre comment un glissement sémantique s’est opéré des « enfants itinérants » aux « migrants roms », ce qui a conduit à ce que les Roumains ou les Bulgares soient identifiés comme Roms. Cette catégorisation conduit, par exemple, à un enseignement particulier qui s’appuie sur des ouvrages montrant des roulottes ou du cirque pour réutiliser les marqueurs identitaires des enfants alors même que les Roumains, les Bulgares ou les gens du voyage français n’ont absolument pas la même culture.

Le Front des mères : pour une école inclusive !

Lissel Quiroz présente l’objectif du Front des mères qui est de défendre une école publique bienveillante et inclusive qui refuse l’infériorisation des enfants comme des parents. Pour ce faire, ce cadre militant part des préoccupations des parents des quartiers populaires, en particulier autour de l’alternative végétarienne à la cantine, des questions de discrimination à l’école que subissent les enfants et les parents ou encore des représentations positives d’origines noneuropéennes dans la littérature de jeunesse par exemple ou dans les programmes scolaires de façon à ce qu’apparaissent des figures anticoloniales ou issues de l’immi- gration post-coloniale. Le Front des mères organise donc des initiatives militantes comme ce fut le cas le 15 septembre dernier à la Parole Errante à Montreuil où des ateliers de discussion ont été organisés autour de ces thématiques.

Des modèles d’intégration aux effets contrastés

Elodie Druez se demande pourquoi les Britanniques font état de plus de racisme à l’école que les Français-es. Elle revient sur les deux modèles d’intégration imposés, le multiculturalisme d’un côté et l’assimilationnisme de l’autre et souligne que si la question de la race est explicite d’un côté, elle est totalement occultée de l’autre, ce qui produit des effets dans la dénonciation du racisme. Dans le cas britannique, les enquêté-es rapportent spontanément leurs expériences de racisme, assumant l’utilisation du terme quand, en France, très peu de personnes en parlent et quand elles le font, c’est dans des termes hésitants en partie parce qu’elles ne souhaitent pas se présenter comme victimes, leur expérience étant construite comme singulière.

Fanny Gallot


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