Université d’été des mouvements sociaux grenoble, août 2018

mardi 27 novembre 2018  |  par  École Émancipée  | 

Faire du commun pour construire un autre monde

À l’heure où le mouvement social est à la peine, où le syndicalisme ne parvient pas à relancer une mobilisation de masse, alors que le gouvernement table sur le découragement des citoyen-nes face à une politique libérale violente qui les écrase, cette université d’été est à prendre pour ce qu’elle est : un formidable élan et de quoi relancer la machine pour les militant-es.

C’est une première : ATTAC et le CRID (Centre de Recherche et d’Information pour le Développement) ont initié cette année L’université d’été solidaire et rebelle des mouvements sociaux et citoyens, fruit de la co-organisation de centaines de composantes qui ont répondu à l’appel. Plus de 300 organisations (associations, syndicats, collectifs, médias indépendants, réseaux,…) ont élaboré un contenu de réflexion et de débat, dans un programme de quatre jours qui a vu se dérouler une centaine d’ateliers, de séminaires et d’activités diverses. Le programme établi était très varié, à la fois sur le type d’activités proposées - des plus ludiques et festives aux plus studieuses, des conférences en amphi aux débats en salle, des activités hors les murs aux films en soirée… - mais aussi sur les sujets discutés : questions environnementales, économiques, sociales, sociétales, internationales. De quoi faire la critique du « nouveau monde » qu’on voudrait nous imposer, penser les résistances et poser les jalons des alternatives.

La FSU y était, et l’ÉÉ y était (pour quelque chose)…

L’ÉÉ a insisté pour que la fédération soit présente et investie dans cette initiative, en accord avec des militants UA, et la FSU a pris une part active à l’événement. La SD 38, très présente, a tenu un stand très visité. Les militant-es nationaux-ales ont initié et coordonné trois modules de formation d’une journée sur trois thèmes : les retraites, les services publics et l’éducation. Ceux-ci ont fait le plein de participant-es et rencontré un écho très favorable. Ils ont été à chaque fois l’occasion de recherche d’ouverture et le contenu des journées a donné lieu à des démarches unitaires : ils ont été élaborés avec des militant-es de la Fondation Copernic, des revues pédagogiques (N’autre école, Cahiers rouges, Dialogues, Regards croisés), des organisations syndicales Sud éducation et Ferc-CGT (pour l’éducation) et des militant-es d’Attac, de Copernic, des économistes atterrés, de la Convergence SP, de Solidaires et de la CGT (pour les services publics et retraites)…

Ce travail unitaire est important. Pour l’éducation par exemple, nous avons construit le module comme un temps de réflexion pour penser une autre école et instaurer une posture de résistance à l’école libérale. Ces débats nous ont permis de vérifier une communauté d’idées et de valeurs entre les partenaires du module, sur les ques- tions du « tous-tes capables », du rejet d’une école de la sélection et de la privatisation, de la volonté de porter la scolarité obligatoire à 18 ans et de repenser le lycée pour qu’il s’oriente vers un lycée polytechnique. Ces orientations partagées seront des atouts indéniables dans les combats intersyndicaux que nous allons livrer et pour gagner la bataille de l’opinion.

Un élan, une dynamique, et la jeunesse !

1 500 personnes étaient attendues à Grenoble, mais ce sont plus de 2 000 qui ont participé à ce rassemblement ! Sans visibilité médiatique pourtant, les réseaux des diverses composantes ont bien fonctionné et la richesse du programme a suscité l’intérêt des participant-es.

À considérer la jeunesse du public, on est interpellé. Tout d’abord la question de l’engagement de la jeunesse ne doit plus faire débat – il existe bien – et il faut plutôt analyser sur quel type d’engagement la jeunesse se mobilise. Ensuite, cela questionne aussi le syndicalisme que nous pratiquons et qui peine à attirer les jeunes collègues. Cela amène à réfléchir aux formes d’engagement, de modalités d’action, de résistances que nous leur proposons et à tenter de les faire évoluer pour correspondre au cadre professionnel d’aujourd’hui.

Cet événement est une réussite : 2 000 personnes fin août pour échanger, pour « refaire le monde » et reprendre la main, c’est tout sauf des citoyen-nes gagné-es par la résignation. C’est signe que nos valeurs, de solidarité, de justice…, sont partagées et qu’il faut continuer à les défendre dans l’unité et l’ouverture la plus large.

C’est aussi un levier pour construire les mouvements sociaux à venir, qui ne peuvent reposer que sur l’articulation entre associations, collectifs et syndicats, voire forces politiques : si le syndicalisme est un outil incontournable, il doit cependant chercher à unir ses forces à celles d’autres partenaires pour faire valoir les alternatives, développer le pouvoir d’agir et de transformer la société. C’est une démarche éminemment politique.

VERONIQUE PONVERT


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