Marchons, marchons… qu’aucun sang impur n’abreuve nos sillons

dimanche 21 juin 2015  |  par  ÉÉ Revue  | 

Parfois, les actions militantes ont comme un air d’avenir meilleur.
C’était le cas de ce week-end nantais que la Marche mondiale des Femmes s’est offert en France les 6 et 7 juin derniers.

La Marche 2015 a débuté le 8 mars avec une manifestation nationale et le départ de la caravane féministe du Kurdistan et de la Turquie.
L’année 2015 a vu des actions dans tous les pays où un collectif national MMF s’est constitué, elle est ponctuée de plusieurs dates.

Certaines sont emblématiques comme le 24 avril pour les 24 heures de solidarité féministe internationale en mémoire de la catastrophe du « Rana Plazza » ou le 17 octobre, fin de la Marche mondiale et journée mondiale du refus de la misère.

Au programme de ce premier week-end national français, débats, fête et stands pour une Agora féministe à laquelle le groupe, qui anime la Marche mondiale des Femmes pour cette année 2015, travaille depuis des mois. Parmi les moments forts, la rencontre avec les marcheuses.
Marcheuses qui ont pu, grâce à un appel aux dons et à la solidarité mise en place autour de leur initiative, comme elles l’ont exprimé, « vivre leur utopie », une caravane autogérée, non mixte, peu consommatrice…

La caravane passe…

Quel meilleur partage que celui de la rencontre avec les femmes européennes qui luttent chaque jour ? Du Kurdistan et de la Turquie d’où a démarré la caravane, à l’Autriche en passant par la Bosnie, la Grèce ou la Roumanie, les combats quotidiens, les initiatives et, malheureusement, les attaques et les violences n’ont pas manqué.

C’est ainsi que près de Thessalonique, les marcheuses ont pu participer à une action de défense d’une usine autogérée après une assemblée à Nusaybin où la révolution au Rojava a tenu une bonne place.
En Bosnie, la question de l’autonomie financière et du travail a ressurgi lors de la rencontre avec des travailleuses de l’usine Dita. Les Balkans ont été le lieu de nombreuses actions, comme à Belgrade avec la participation de la caravane à la marche lesbienne dont elles ont pu nous conter les difficultés à émerger.
À Bucarest, elles ont pu échanger avec des groupes locaux sur la situation des femmes roms, et rencontrer des associations de droit au logement.
Car la caravane s’est voulue la retranscription matérielle de cette revendication : « Défendre et étendre la notion de biens communs » qui « remet en question les rapports de domination, que ce soit la domination des êtres humains sur la nature ou des hommes sur les femmes. »
Il s’agissait donc d’agir sur tous les terrains, notamment les thématiques de la MMF 2015 qui sont travail et autonomie financière, immigration, violences contre les femmes, souveraineté alimentaire – justice climatique, montée des extrêmes (extrême-droite et extrémisme religieux).

Au delà des frontières

C’est également des rencontres avec des groupes de femmes comme « beyond borders », femmes de Turquie et d’Arménie qui travaillent au rapprochement des peuples à travers un travail artistique, notamment le langage du corps.

À Mathausen, les marcheuses ont accompagné les femmes qui, chaque année, déposent une plaque en mémoire des victimes de la prostitution dans le camp et qui le lendemain la voient disparaître car ces victimes n’ont jamais été reconnues officiellement.
Elles l’expriment dans les supports qu’elles créent, comme cette carte sans frontière sur laquelle elles nous ont montré leur périple. Leur humanisme militant est présent à chaque instant, lui qui nous manque dans notre militantisme habituel : le partage des souffrances et des luttes pour un avenir sans chaînes.
Et si l’on peut dire qu’« on ne naît pas femme, on le devient », leur récit nous a rappelé que les femmes n’étaient nulle part épargnées de l’oppression dont elles sont les victimes à cause de leur sexe.

Une Agora, des débats

Lors des tables rondes, les luttes étaient loin d’être absentes des échanges et la découverte d’associations comme « Marche en corps » lors du débat sur les violences et la description de l’excision par une des intervenantes nous a rappelé l’importance de la défense du droit des femmes à disposer de leur corps et de la lutte contre les violences sexuelles.
Elles et ils ont été 1700 à marcher sur 456 kilomètres en 2013 lors des marches de sensibilisation pour l’arrêt de l’excision. En prévision une marche entre Bamako et Nara, villes jumelées à Angers et Quimperlé, entre lesquelles a eu lieu l’action de 2013.

Il a également été question des émeutes de la faim en Afrique en 2008 (« Aller à Barcelone ou mourir ») et de la situation des femmes migrantes, de l’impact des politiques d’austérité et du traitement des étranger-es par l’Europe.
La manifestation à travers Nantes au son de l’hymne des femmes et des slogans abolitionnistes et quelques slogans ressortis d’un autre siècle (« oui papa, oui chéri, oui patron, y’en a marre ! ») a permis aux participant-es de partager ensemble un beau moment militant.

Camp contre camp

Le dimanche c’est la montée des extrêmes qui a fait l’objet d’un débat : la caravane avait déjà exprimé les replis nationalistes et les difficultés des mouvements de libération, que certain-es appelleraient des luttes sociétales (le mouvement lesbien en Serbie par exemple).
Solène Assouan pour les Femen a su le rappeler, le combat doit être quotidien. Et la question des religions est bien au centre de la mobilisation : « Femen ne fait aucune différence entre les religions, qui ne se distinguent que par les noms de leurs divinités, leurs représentations, leurs lieux sacrés, leurs rituels et leurs institutions.

Nous les appréhendons dans ce qu’elles ont de commun : le principe de soumission à un dogme. Réfutant l’existence de tout système fondé sur des rapports de domination d’un individu ou d’un groupe d’individus sur un autre, notre combat de Femen ne peut pas se satisfaire des attitudes consensuelles à l’égard des institutions religieuses.
Au sommet de ces systèmes se trouvent les divinités qui confèrent et justifient le pouvoir des chefs religieux. Ensuite viennent les fidèles, puis les pratiquants d’autres religions et enfin les incroyants. Au sein de cette organisation pyramidale, les femmes sont perpétuellement reléguées à des positions subalternes. La femme athée est donc par définition le plus bas échelon. »

La boucle était bouclée

Après un dernier débat sur la justice climatique, la MMF pouvait écrire son livre blanc, que vous pourrez bientôt obtenir sur son site et donc rattraper votre absence, même si vous n’aurez pas pu profiter de la fabuleuse machine à créer des badges du Mouvement du Nid, qui à travers son stand, a pu faire partager son combat abolitionniste.

Prochaines étapes, le 20 juin à Paris, le 19 septembre à Marseille (Rencontre des Femmes du Bassin méditerranéen sur le thème de la « Montée des extrêmes : extrême droite et religieuses ») et une Agora européenne le 17 Octobre à Lisbonne. ●

Ingrid Darroman


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