Retour sur le congrès du SNESup

dimanche 19 mai 2013  |  par  ÉÉ Revue  | 

Ce troisième congrès d’orientation du SNESUP depuis le vote de la loi LRU (2007) s’est déroulé dans une conjoncture particulière : dix mois après la défaite de Sarkozy aux présidentielles en 2012 – qui laissait espérer (à certains) un retour sur les mesures les plus délétères – et juste après l’examen en conseil des ministres du projet de loi sur l’Enseignement Supérieur et la Recherche (ESR) qui recueille contre lui l’opposition de la majorité des organisations syndicales.

Ce projet ESR vise une refondation, au sens propre, de la loi LRU(1), tant le changement annoncé par le candidat Hollande, s’est mué en finitions. De même, la précipitation avec laquelle le gouvernement impose sa « réforme » de la formation des enseignants (FDE), rappelle les méthodes employées en 2009. La création des ESPÉ prévue au 1er septembre 2013 ne repose à ce jour sur aucun texte réglementaire applicable, et la « réforme » ne revient pas sur le désastreux couplage master/concours.

Un congrès en demi-teinte mais de transition

Dans les votes des syndiqués, on note un recul de la participation : 26,9 % ( 28,9 % en 2011), dont 8,2 % n’émettent pas de choix de tendance. Les résultats des tendances montrent une assez grande stabilité en pourcentage par rapport à 2011 : EE-PSO passe de 29,18 % à 28,48 %, Action Syndicale (AS, correspondant d’UA…) de 65,98 % à 64,99 %. Une scission d’Émancipation, sur des motifs relativement obscurs, a conduit à des pourcentages de 2,65 et 3,87 pour l’une et l’autre des branches, en augmentation totale par rapport aux 4,84 % d’Émancipation en 2011.

Malgré l’annonce directement aux syndiqué-es des noms des futur-es co-SG et du résultat des votes d’orientation trois jours avant le congrès, celui-ci s’est déroulé sans tensions particulières. Même la table ronde sur la loi ESR, à laquelle était invitée l’UNEF, n’a pas donné lieu à de virulents échanges, malgré son appréciation très positive de la loi.

Des débats, ressort la nécessité de retisser le lien avec les adhérent-es par un renforcement du travail sur les fondamentaux corporatifs (enseignement et recherche, défense des personnels). à noter, une forte présence de retraité-es, porteurs d’une demande de secteur de travail spécifique sur leurs problématiques, distinctes des questions concernant les futurs retraité-es. Sur la FDE, les débats ont reflété le poids de la question des ESPé qui impose un cadre contraint de réflexion. Mais, ils souffrent aussi de la difficulté à parler au fond de la FDE. Nombre d’implicites et de présupposés ne sont tout simplement pas interrogés. Sur cette question, d’autres syndicats de la FSU, comme le SNEP, sont souvent le fer de lance de la réflexion, comme l’a montré l’intervention de Claire Pontais au congrès.

On doit déplorer une fois de plus la faible présence de la préoccupation fédérale dans la réflexion politique générale, malgré la présence de B. Groison à la fin du congrès. Le SNESUP manifeste encore globalement une conception plutôt instrumentale de sa relation à la FSU, qui ne facilite pas sa réflexion fédérale, en particulier sur le champ de la FDE.
Une certaine lassitude est aussi perceptible dans les rangs militants, même si on constate un renouvellement, y compris dans les instances.
Pour les camarades EE-PSO, la composition de la direction nationale dans sa partie majoritaire (AS) et les premières annonces des deux nouveaux co-SG laissent espérer un changement des pratiques de direction au sein du SNESUP, dans le sens d’une plus grande collectivité du travail et d’une plus nette sollicitation des militant-es, y compris EE-PSO, jusqu’alors écartés a priori.

L’à-venir ?

Outre les questions relatives à la loi ESR, qui vont évidemment continuer à s’imposer dans l’actualité militante, le SNESUP doit avancer sur des questions de fond. Sa position sur l’évaluation récurrente des enseignant-es-chercheur-es demeure ambiguë. Schématiquement, elle n’est pas vraiment refusée par nombre de camarades de la majorité AS, sous réserve qu’elle soit « formative » et non pas punitive, tandis que nombre de camarades EE-PSO la récusent en tant qu’elle est un outil majeur de soumission de l’ESR aux diktats de l’idéologie dominante. De même, la question de la FDE va continuer à se poser, avec un concours placé à la fin du M1, qui constitue de fait un retour à la situation antérieure, jugée alors peu satisfaisante. Enfin, la précarité des personnels, les luttes contre son extension et pour sa résorption définitive restent un enjeu majeur, dont il demeure difficile, pour un syndicat de titulaires, de se saisir pleinement. Pourtant, la précarité qui se généralise constitue un outil puissant de fragmentation et de régression sociale, qui n’épargnera personne si on ne s’y oppose pas frontalement. ●

Claire Bornais

1) voir le dossier dans le n°40 de la revue


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