Intervention de Marie Haye (SN) dans le débat introductif

mercredi 4 décembre 2019  |  par  ÉÉ-SNES  | 

Une fois n’est pas coutume, je vais commencer par vous raconter un épisode, court, de mon quotidien de militante au SNES. Vendredi après-midi, pendant la permanence hebdomadaire que j’assure au S3, j’ai reçu plusieurs appels de collègues demandant des informations sur la grève du 5 : à quelle heure a lieu la manif ? J’ai entendu dire qu’une AG était prévue, c’est où et à quelle heure ? Si on reconduit le 6, comment se passe le décompte des jours de grève ? En tant que stagiaire, est-ce que je peux faire grève ?

Les remontées des établissements montrent que la journée va être exceptionnelle dans notre secteur : massive, et rassemblant bien au-delà de notre audience habituelle.

Le gouvernement croyait pourtant avoir un boulevard : grâce aux réformes successives qui se sont accéléré depuis les années 90, ainsi qu’un matraquage médiatique, l’opinion publique avait intégré l’idée que le régime par répartition était déficitaire, que ce déficit était aggravé par les régimes spéciaux et qu’il serait plus équitable de réformer le système au profit d’un régime universel par point.

Or, il semble que si l’opinion reste majoritairement favorable à la fin des régimes spéciaux, les enquêtes montrent qu’elle a compris que la mobilisation du 5 décembre était avant tout une mobilisation contre la réforme de l’ensemble du système des retraites. La mobilisation est d’ailleurs majoritairement soutenue. Cela montre d’ailleurs que le travail de terrain réalisé par les militantes et militants paie, et qu’il faut le poursuivre, pour imposer l’idée qu’un système solidaire par répartition est viable, et que son amélioration est possible. Nos revendications progressent, il faut continuer à les porter clairement et simplement : départ à la retraite à 60 ans ; 75 % du meilleur salaire pour tout-es ; taux plein à 37,5 annuités ; augmentation de la part patronale des cotisations ; augmentation des salaires ; égalité salariale entre femmes et hommes ; augmentation des pensions ; contrôle des caisses de retraites par les seul-es salarié-es.

Mais ce n’est pas l’opinion qui doit guider l’action du SNES-FSU. L’arc syndical s’élargit (l’UNSA appelle, et même la CDFT localement ou dans certains secteurs, comme la CFDT cheminots qui appelle à la reconductible). La journée de jeudi s’annonce très puissante, ce qui nous confère une responsabilité particulière dans la période. Car malgré la popularité de la grève, les baromètres du dialogue social du CEVIFOP montrent qu’une toute petite minorité des salarié-es fait confiance aux syndicats pour proposer des modalités d’action, des mots d’ordre et des mesures à même de gagner. Aussi l’enjeu est de taille ! Il s’agit d’enrayer la stratégie de la défaite : les journées saute-mouton qui ont montré leur inefficacité, les intersyndicales trop tardives qui empêchent de rythmer la mobilisation.

Le 5 sera réussi, c’est une certitude même pour le gouvernement que l’on sent fébrile. C’est l’après 5 qui est très incertain. L’intersyndicale nationale se réunit le 6 au matin ; un secrétariat FSU se tient le 5 au soir pour mandater la fédération sur les suites de l’action.

Le SNES-FSU doit y porter des mandats offensifs de nature à amener l’ensemble des collègues à entrer dans l’action, et faire le lien entre les différents rythmes de mobilisation. Cela passe par un préavis fédéral de reconduction de la grève, signal politique de détermination de la FSU, un appel à tenir des AG pour débattre de la reconduction de la grève, des temps forts de grève dès la semaine du 9. Mais cela passe aussi par la construction d’une mobilisation interpro aux côtés de la CGT et solidaires, pour éviter que seuls les transports soient en reconductible dans les jours qui suivent. Le SNES et la FSU doivent favoriser des coordinations au plus près des grévistes et inscrire la mobilisation dans la durée dès à présent.

Nous savons bien que du faut de la date à laquelle cette CAN a lieu, mais aussi en raison de son format raccourci, nos débats du jour doivent bien sûr se concentrer sur l’action. L’action sur les retraites bien sûr, mais le SNES-FSU doit tenir ensemble tous les bouts.

Dans notre secteur :

  • En lycées, à l’approche des E3C et alors que la publication de la banque de sujets est encore retardée, le SNES-FSU doit porter haut et fort son mandat de suppression, et rechercher les alliances avec les parents d’élèves ;
  • Le chantage à l’allongement du temps de travail et aux primes au mérite est à combattre, comme d’ailleurs ce qui divise et met sous contrôle les enseignantes et enseignants ;
  • La réforme de la formation initiale est à refuser dans son architecture. Le problème principal n’est pas seulement la nature trop professionnelle des épreuves de concours.

Il ne faut pas faire l’impasse sur les combats sociétaux : les manifestations du vendredi pour le climat reprennent, les manifestations féministe des 23 et 25 novembre dernier ont été un succès, le SNES-FSU doit y prendre toute sa place, et doit par exemple s’engager dans la construction de la grève des femmes le 8 mars.


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