Une politique éducative homogène et libérale

mardi 5 mars 2019  |  par  École Émancipée  | 

Les mesures de politique éducative qui s’accumulent depuis un an et
demi sont-elles des suites de mesures isolées et pragmatiques ?
Évidemment non.

Il s’agit de l’approfondissement et de l’accélération d’une vision de
l’école et de la société déjà portée par Fillon dès
2004. La volonté de Macron, Philippe, Blanquer et Vidal est de
changer radicalement l’école pour changer la société. Quelles
sont les logiques à l’œuvre dans ces réformes ?

1) Le service public est considéré d’abord comme un coût (et non
une richesse)

Cela se traduit dans la baisse des emplois dans l’Éducation. Il y a
une hausse du nombre d’élèves du second degré, une hausse des
étudiant-es liée à la démographie et à l’augmentation des aspirations
scolaires des jeunes, mais dans le même temps, moins d’enseignant-es
et des autres métiers de l’Éducation. L’Éducation n’est absolument pas
épargnée dans CAP22.

La baisse des coûts est une des principales clés de lecture de
la réforme du lycée : elle comporte une baisse du nombre
d’heures d’enseignement par élève et permet la mutualisation
des classes actuellement réparties en séries, donc la baisse
des moyens en enseignements.

2) Le privé fait toujours mieux que le public

L’enseignement privé d’abord. La mise en place de Parcoursup a
accéléré le mouvement de privatisation de l’enseignement
supérieur (+70 % entre 2000 et 2016 !) et les établissements
privés, y compris, confessionnels, se frottent les mains. La
loi « Pour une école de la confiance » (!) permet d’accroître
les ressources des écoles privées en obligeant les communes à
financer maintenant aussi les écoles maternelles.

Mais, c’est aussi le secteur marchand qui est pris pour modèle
et pour finalité de l’école. La réforme de la voie
professionnelle développe le recours à l’apprentissage : c’est
le terrain en entreprise qui forme, et pas l’école !

3) Les personnels doivent être contrôlés et maîtrisés

La volonté de contrôle des personnels est visible à plusieurs
niveaux : dans les nouveaux programmes diffusés, dans les
consignes et les bonnes pratiques que Blanquer tente d’imposer
aux professeur-es du premier degré.

Dans la formation, le ministère veut reprendre en main les
contenus enseignés et contrôler des formateurs/trices qui pour
certain-es, grâce à leur statut universitaire, lui échappent
jusqu’à présent.

Le retour des évaluations nationales est également un outil de
contrôle des enseignant-es : il va permettre de mesurer à
distance une « productivité enseignante », ce qui permettra
ensuite de faire pression sur les équipes et de moduler la
rémunération.

Mais, pour bien contrôler, il faut aussi agir sur le statut. C’est
pourquoi l’entrée dans les métiers de l’Éducation doit se faire de
plus en plus par la précarité. Le nouveau statut des assistants
d’éducation préparant les concours leur permet de faire la classe dès
la deuxième année de licence, y compris en responsabilité, en
attendant d’être recrutés peut-être comme profs titulaires. La
précarité deviendrait alors la voie normale d’accès à la FP.

Enfin, comme les professeur-es sont paresseux/euses, on peut
bien les faire travailler plus, par exemple en augmentant les
heures supplémentaires imposées dans le second degré. C’est
pour leur bien car ils/elles seront mieux payé-es !

4) La concurrence est toujours bénéfique

Les évaluations dans le premier degré, en permettant la mesure
et la comparaison des écoles, va les mettre en concurrence,
comme c’est déjà le cas pour les lycées. Dans le supérieur, les
universités publiques sont en concurrence entre elles, car le
financement de la recherche et des formations (y compris en
licence) est fait en fonction des projets et des résultats (et
non des besoins publics).

5) Les savoirs doivent former une main d’œuvre docile, et cela,
même aux plus hauts niveaux de qualification

À l’école, les évaluations nationales risquent d’orienter les
enseignements vers la préparation des élèves à la réussite de
ces tests, au détriment de l’acquisition de savoirs plus
complexes (ce n’est pas un risque théorique, car c’est toujours
ce qui se passe quand les évaluations sont formatées).

Cela conduit à un émiettement des savoirs, alors que c’est leur
mise en cohérence et la construction de leur complexité qui
permet d’élever le niveau de réflexion et d’émancipation des
élèves et de lutter contre les inégalités.

6) Une politique éducative au service des politiques
internationales néolibérales

Ces orientations ne sortent pas de l’esprit tortueux de Macron ou
Blanquer. Elles sont défendues au sein des instances internationales
par les partisans de la libéralisation des marchés, libéralisation qui
a beaucoup avancé depuis les années 1980 et qui se nourrit notamment
de la hausse de la qualification de la main-d’œuvre. C’est pour cela
que le pouvoir économique s’intéresse à l’école (c’est cela la
« priorité à l’Éducation » !), et que les politiques d’élévation du
niveau de diplôme pourraient faire illusion. Mais, la diffusion des
connaissances porte aussi le développement de l’esprit critique et des
ressources pour se libérer des oppressions de toutes natures. C’est
pour cela que les politiques néolibérales, dont on a d’abord vu les
effets dans le supérieur avant de les voir à l’école, s’intéressent
aussi au contenu des enseignements, à leur organisation et aux
personnels qui les transmettent.

De la maternelle au supérieur public, les réformes qui
s’accumulent procèdent de la même idéologie et forment
système. L’enjeu aujourd’hui est de construire la mobilisation
dans toute l’Éducation et non par des ripostes fragmentées.

Mary David


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