Véronique Ponvert : situation générale.

jeudi 24 janvier 2019  |  par  ÉÉ FSU  | 

Cela fait plus de deux mois et demi que les Gilets jaunes (GJ) sont mobilisés ; cela fait plus de deux mois et demi que grâce à cette mobilisation, la question sociale occupe la première place dans l’actualité. La question sociale, c’est avant tout celle de l’accroissement des inégalités, on a tous et toutes entendu les chiffres issus du rapport d’Oxfam hier : tout simplement indécents. On sait aussi que les dividendes des entreprises du CAC 40 atteignent 57,4 milliards cette année, un chiffre record, et que depuis 2010, ces entreprises paient de moins en moins d’impôts... Pas étonnant qu’elles aient bien surmonté la crise de 2008 ! Et que dire des gouvernants successifs qui parlaient de « moraliser » le capitalisme ? Et de la théorie du ruissellement ?

Les GJ s’indignent de la suppression de l’ISF, qui représente le symbole des cadeaux faits aux ultra riches par le gouvernement Macron. Et puis ensuite, à côté, viennent les revendications de justice fiscale et sociale, une meilleure répartition des richesses, une égalité d’accès aux services publics (SP), bref des revendications qui sont aussi les nôtres.

Je ne parle pas ici de tout ce qui nous sépare, pas par angélisme, ni par simplisme, juste par manque de temps. Car non, on ne partage pas tout avec les GJ.

Mais ce qui nous bouscule, c’est qu’il s’agit là d’un mouvement social populaire, ancré, déterminé, qui fragilise quoi qu’on en dise le pouvoir en place et l’oblige à quelques maigres reculs... Et que de ce mouvement-là, les organisations syndicales sont absentes, ce qui est assez incompréhensible.

Évidemment, il ne s’agit pas de dire que la mobilisation est évidente et naturelle dès lors qu’un mouvement existe, je sais qu’il n’est pas facile de mobiliser notamment dans notre champ professionnel, je parle en particulier de l’éducation. Il n’est pas non plus évident de converger avec un mouvement qui se pose a priori comme non syndical. Il n’est pas question de nier ces difficultés.

Mais quand même : avons-nous essayé d’intervenir dans ce mouvement social pour le renforcer, pour augmenter le rapport de forces qu’il avait su créer, d’une manière ou d’une autre ? Un exemple qui me semble central : la question de la répression et des violences policières dont on sait qu’elle est inadmissible, cette question, les OS ne s’en sont pas emparées, alors qu’elles doivent s’en indigner, la dénoncer, se battre pour l’interdiction des armes, exiger l’amnistie des manifestants poursuivis.

Sur d’autres plans, comment ne pas déplorer aujourd’hui la situation au sein des fédérations de fonctionnaires ? Alors que les attaques sont gravissimes contre la Fonction publique (FP), les OS semblent sidérées et ne parviennent pas à se mettre en action : pourtant, la question des SP est au cœur des mobilisations des GJ, pourquoi ne pas tenter des cortèges syndicaux pour la défense des SP avec eux le samedi ? Macron tente de contourner la mobilisation avec son grand débat, et même si personne n’est dupe de cette manœuvre de diversion, il occupe à nouveau le terrain : et les OS, quand et comment reprennent-elles la main ?

Au niveau interpro, que dire ? Il est plus que nécessaire d’œuvrer à une convergence interprofessionnelle et d’appeler de façon unitaire les salarié-es à la grève. La grève est une modalité à interroger (dans sa durée, ses suites, etc) mais ça reste l’outil des revendications ouvrières qu’il revient aux OS d’impulser. Et c’est une modalité complémentaire à celle des GJ, pour peser sur Macron et son gouvernement. Mais non : au lieu de ça, la division syndicale nous jette dans un profond désarroi.

Pourtant, il faut rassembler les colères pour les faire grandir, pour imposer d’autres réponses aux problèmes sociaux et écologiques : si cela semble inaccessible au niveau national, il y a des initiatives en régions, qui vont dans ce sens et qui nous montrent la voie : à Toulouse, à Marseille, à Bordeaux et ailleurs, des intersyndicales s’emparent de la situation, rencontrent les GJ, décident de cortèges communs le samedi, mettent en place des observatoires des libertés publiques pour défendre les droits des manifestants, et tout cela de façon unitaire... Ce n’est pas facile, mais ça existe. C’est dans ce sens qu’il faut aller, il faut rassembler le syndicalisme de transformation sociale qui doit être un outil pour mener à bien cette tâche : la FSU doit en faire sa priorité


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