L’histoire de la langue plaide pour le langage inclusif...

mardi 22 janvier 2019  |  par  École Émancipée  | 

À l’automne 2017, une nouvelle polémique contre l’écriture inclusive se déclenchait, suite à la publication aux éditions Hatier d’un manuel scolaire de CE2 l’utilisant. « Charabia illisible » et « français défiguré »(1) pour Michael Edwards, membre de l’Académie Française ; «  agression de la syntaxe par l’égalitarisme » et « attentat à la mémoire elle-même, car toute langue est une mémoire »(2) pour Raphaël Enthoven, l’écriture inclusive a été violemment attaquée.

L’écriture inclusive késako ?

Elle ne se limite pas à l’usage de tirets ou de points médians. D’abord, accorder les fonctions, métiers, grades et titres en fonction du sexe ; ensuite utiliser à la fois le féminin et le masculin ou un terme épicène quand il est question d’un groupe de personnes et enfin éviter le recours aux termes « Femme » et « Homme » pour y préférer des termes plus neutres comme « droits humains » plutôt que « droits de l’Homme ». L’actuelle polémique a conduit l’autrice de Non, le masculin ne l’emporte pas sur le féminin !(3), Eliane Viennot, à élargir la question au « langage inclusif ». Dans son dernier essai Le langage inclusif. Pourquoi ? Comment ? (4) , elle détaille les bonnes raisons de nous débarrasser des règles grammaticales reproduisant les normes sociales patriarcales pour dire et écrire un monde où tout le monde aurait sa place à égalité.

« On ne naît pas femme, on La devient »

Telle est la phrase que Simone de Beauvoir aurait écrite si, fille de l’école, elle n’avait assimilé les règles concoctées depuis le XVIIe siècle pour donner au « genre le plus noble » la place qu’il occupe aujourd’hui dans la langue française. Dans les deux premières parties de son essai, (« La langue française n’a pas besoin d’être féminisée » et « La masculinisation du français ») Eliane Viennot relate comment les règles appliquées aujourd’hui dans notre langue ne sont que le résultat d’une masculinisation imposée à partir du XVIIe siècle, non pas par la linguistique mais par l’idéologie patriarcale qui domine. Dès le Moyen-Âge, la langue française permettait, à la fois avec la grammaire et le vocabulaire, d’exprimer à égalité le féminin et le masculin. Les noms de métiers par exemple existaient déjà au féminin, même le bourreau avait son équivalent, la bourrelle ! Quant à l’accord de proximité il était très répandu, c’est l’Académie Française qui l’a supprimé, devenant la bourrelle d’un langage neutre. En 1651, Dupleix décrète que « Parce que le genre masculin est le plus noble, il prévaut seul contre deux ou plusieurs féminins, quoiqu’ils soient plus proches de leur adjectif ». Pourquoi « plus noble » ? En 1767, Beauzée répond : « à cause de la supériorité du mâle sur la femelle ».

La troisième et dernière partie (« Rendre son langage inclusif ») présente les ressources dont notre langue dispose et les solutions simples qui existent pour réintroduire l’égalité entre les sexes dans nos écrits et nos paroles : éviter des féminins qui sonnent à l’oral comme des masculins (préférer autrice à auteure), utiliser la « double flexion » (les candidates et les candidats par exemple), adopter l’accord de proximité ou de majorité ou encore intégrer le point médian etc. Une simple nouvelle grammaire, où l’accord de genre peut permettre au langage de sonner de nouveau au féminin comme au masculin qui ne peut plus rester neutre.

C’est dire avec Eliane Viennot que : « nous n’avons pas à modifier notre langue mais à renouer avec ses logiques, en nous appuyant sur ses ressources. ».

Amandine Cormier

1) Le Figaro, 5/10/17. 2) Europe 1, 26/09/17. 3) Non, le masculin ne l’emporte pas sur le féminin, éditions IXe, 2014. 4) Le langage inclusif. Pourquoi ? Comment ? Petit précis historique et pratique, avec une postface de Raphaël Haddad et Chloé Sebagh, éditions IXe, 2018.


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