Laurent Cadreils : Elections professionnelles, mouvement des gilets jaunes - ce que nous donne à voir la période sur notre syndicalisme

jeudi 17 janvier 2019  |  par  ÉÉ-SNUipp  | 

Ce que nous donne à voir la période

Nous traversons une période particulièrement complexe à appréhender. En sortant des élections professionnelles, qui nous ont laissé exsangues, nous avons vu naitre une mobilisation sociale inédite Les résultats des élections professionnelles, le mouvement des gilets jaunes interrogent forcément notre syndicalisme.

Les élections professionnelles, si elles nous permettent de conforter la place du SNUipp et de la FSU, résultant de l’immense travail fait durant les 4 ans passées, et de la démultiplication de nos efforts durant la semaine de campagne, ne nous ont pas permis de retrouver notre niveau d’avant 2014. En effet, la très forte mobilisation des équipes, tant au niveau national que départemental a été contrebalancée par le travail fait par les OS concurrentes. Le champ syndical dans le premier degré se joue maintenant à 3 : SNUipp bien sûr mais également SE et FO. Le SNUTER et le SNUipp portent à eux 2 la progression de la FSU, et positionne notre syndicat dans une forme de responsabilité dans l’orientation de la fédération. Car n’en doutons pas, le paysage syndical dans sa globalité avec le fait que la CFDT devienne la première organisation syndicale public privé avec une victoire à la Pyrrhus, l’érosion de la CGT ou de Solidaire sont le fruit des difficultés du syndicalisme à mobiliser massivement et à obtenir des victoires…

Or, depuis les choses ont quelque peu bougé. Si lors du dernier CN, en pleine préparation des élections, nous avons vu poindre le mouvement des gilets jaunes sans être trop capable de l’identifier, nous voici au retour de la trêve des confiseurs dans une situation de crise sociale et politique majeure. Le mouvement des gilets jaunes qui a pu nous interroger à ses débuts, sa réalité dans sa construction et la prise de conscience dans l’action ont a finalement dégagé 2 pistes principales : d’une part la lutte contre l’injustice sociale et la politique libérale accentuée encore par ce gouvernement pour les plus riches, pour les capitalistes avec un symbole fort le rétablissement de l’ISF, d’autre part avec une aspiration à un renouveau démocratique rompant avec la politique menée.

Nous avons donc un mouvement social fort qui se construit à côté des organisations syndicales, portant des revendications de justice sociale et de refus d’accaparation de la richesse par les 1%. Comment cela est-il possible ? Comment peut-on faire prendre conscience de l’aspect pérenne de l’outils syndical comme outil porteur des revendications du salariat ?

D’une part, il faut noter que ce mouvement protéiforme est né sur les réseaux sociaux, comme une multitude de mobilisation ces dernières années : mobilisations climats, occupy WallStreet, les indigné-es mais aussi qu’il a, grâce à des formes d’actions nouvelles pu obtenir en quelques semaines des reculs que le mouvement social traditionnel n’a pu obtenir depuis plus de 10 ans. Il faut remonter au CPE pour voir cela.

Cela s’explique peut-être par une forme d’institutionnalisation des syndicats avec la multiplication de réunions, d’instances, chronophages et éloignant du terrain. Par ailleurs, il faut aussi enregistrer que les formes d’actions classiques ne montrent plus le degré de détermination nécessaire au pouvoir : la grève carrée de 24h sur le budget, sur la fonction publique, si elles ne s’inscrivent pas dans un plan d’actions réel n’emportent que de moins en moins l’adhésion massive de nos mandants.

Pour autant, je continue à penser que la grève dans la paralysie du système est l’instrument premier des salarié-es pour obtenir des avancées sociales mais elle nécessite de se construire dans le cadre d’une radicalité montrant une détermination, dans le cadre d’une irrévérence face au système et à ceux qui le servent. On entend d’ailleurs beaucoup plus souvent le mot d’ordre de grève générale ces derniers temps dans les cortèges.

Il nous faut donc aujourd’hui profiter de la première grande fragilisation du projet libéral à une échelle de masse pour construire dans notre milieu l’action qui partira des préoccupations éducatives et fonction publique pour porter avec les mobilisations sociales actuelles et en particulier les Gilets Jaunes une autre répartition des richesses et un changement de modèle social.


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