Entretien Avec Zohra, Enseignante En Lycée

mardi 8 janvier 2019  |  par  École Émancipée  | 

- ÉÉ : Pourquoi as-tu participé à ce colloque ?

Le problème de la racialisation des rapports sociaux en éducation est
essentiel. L’éducation nous forge, c’est primordial, ça laisse des
empreintes très fortes. Et cela touche les élèves ET les
enseignant-es. Du côté des élèves, un racisme structurel produit une
inégalité des chances. Par exemple, j’ai une collègue qui m’a dit un
jour qu’il s’agissait des élèves de l’oralité, qu’on n’en tirerait
rien à l’écrit, de ces élèves non blancs de Seine-Saint-Denis. Quand
j’enseignais dans l’académie de Paris, un enseignant m’a parlé du « 
profil type 93 », ce qui stigmatise une population : on présuppose
qu’ils n’ont pas de capacités, on ne leur accorde pas la même
importance.

Et en tant que prof racisée, depuis que j’ai commencé à enseigner, je
me suis vite aperçue que je n’étais pas une prof comme les
autres. Donc la racialisation existe par rapport aux élèves et par
rapport aux profs également, c’est pour cette raison qu’il me semble
que les ateliers non-mixtes d’enseignant-es peuvent permettre de
libérer la parole, dégager des politiques et/ou des dynamiques.

- ÉÉ : Qu’a apporté ce colloque ?

Ce colloque n’aurait pas pu avoir lieu il y a cinq ans. Le fait qu’il
existe, c’est quelque chose de très bien. Et je pense que c’est
important que ce genre de cadre fasse des petits et produise des
effets. Par exemple, que la présidente de Paris 7 dise que depuis
trois ou quatre ans, tous les établissements universitaires sont
censés avoir un-e référent-e sur les discriminations raciales, mais
que ça ne soit pas mis en place, c’est révélateur et je me dis que ce
colloque permet a minima de rendre visible cette contradiction et peut
aider à la prise de conscience.

La dimension internationale m’a également semblée très importante
parce qu’on s’aperçoit que les Anglo-saxons ne pensent pas comme
nous. Ils ont le concept de race, cet outil, qui ouvre des portes et
ça s’est vu dans les interventions de Philomena Essed − Professor of
Critical Race, Gender and Leadership Studies at Antioch University’s
Graduate School of Leadership and Change −, Oscar Quintero − Profesor
Asistente à l’Universidad Nacional de Colombia, Departamento de
Sociología −.

- ÉÉ : Quelles sont les limites de ce genre d’initiative à ton avis ?

Les interventions ont porté sur des programmes à la marge ou encore
sur les élèves allophones, ce sont des questions importantes.
Pourtant, il m’a semblé que certains points ont été aseptisés,
euphémisés alors même qu’il s’agissait d’une des questions centrales
du colloque : comment l’élitisme de l’institution scolaire produit-il
une forme d’euphémisation, d’aseptisation du racisme ? Par exemple, si
la photo du colloque montre une dégringolade de chaises et pose la
question des places disponibles en relation avec une forme de
compétition pour ces places justement, cette question n’a quasiment
pas été évoquée. De même, il a par exemple été trop peu question du
racisme ordinaire que vivent au quotidien les arabes, les noir-es, les
maghrébin-es et les musulman-es… On a tourné autour et lorsque ça a
été présenté, cela l’a été de façon aseptisée, douce, gentille et je
crois qu’il faut arrêter de présenter les choses de cette façon là,
car il y a des vies derrière.

Propos recueillis par Fanny Gallot


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