Contribution de l’EE à l’entrée du CDFN : Changement de rythme…

jeudi 25 janvier 2018  |  par  École Émancipée  | 

Vite, toujours plus vite. Macron agit avec méthode et habileté, enchaînant réformes et projets de lois divers. Toutes sont des régressions pour les droits sociaux. Les premiers effets de sa politique se font sentir : Macron est bien le président des riches, qui sont les grands gagnants de ses réformes. L’observatoire français des conjonctures économiques, confirme que 5 % des ménages capteraient 42 % des gains liés aux réformes.

Les ordonnances de la loi Travail commencent à s’appliquer et c’est la possibilité de la Rupture Conventionnelle Collective qui fait le buzz en ce début d’année : Pimkie veut ainsi supprimer 208 postes, Le Figaro se dit intéressé et PSA vise 1300 RCC alors que dans le même temps ses ventes ont progressé de 15,4 % au niveau mondial durant l’année 2017.
Comme prévu, ce sont les salarié-es qui font les frais de cette loi avec un dispositif moins protecteur, qui n’a pas les mêmes obligations que le précédent en terme de reclassement ou de formation. Comme prévu aussi, ces mesures visent à diviser, voire affaiblir les OS auprès des salarié-es.

Poursuite des attaques à l’encontre des droits sociaux, développement de son projet libéral, restrictions des droits et libertés avec l’entrée en vigueur des mesures d’exception dans le droit commun, répression syndicale (nouvelle tentative de licenciement du syndicaliste Sud Poste Gaël Quirante), chasse aux migrant-es et criminalisation des aidant-es… Sur tous ces sujets aussi, le rythme est soutenu, qui mérite vigilance toujours plus grande et oppositions les plus larges et unitaires possibles, notamment face à une loi Asile et Immigration dont la dangerosité est dénoncée par toutes et tous, avec à titre d’exemple la volonté de pouvoir pourchasser les migrants-es jusque dans les centres d’hébergement et de soin. Les régressions sont historiques, les attaques sont d’une violence incroyable, à tel point que cela entraîne des réactions indignées de la part des défenseur-es des droits humains (CNDCH, DDD, associations…) mais aussi de parlementaires, y compris au sein de la majorité. La contestation s’élargit, se traduisant par des manifestations qui rassemblent, outre les militant-es habituel-les, des ONG nombreuses, des professionnel-les de la santé, de l’hébergement, du travail social… Dans ce contexte, les États Généraux des Migrations pourront être un cadre fédérant les mobilisations et impulsant une large réflexion pour exiger des politiques migratoires respectueuses des personnes et de leurs droits.

L’abandon du projet de NDDL est une formidable victoire collective. Elle est le fruit d’une mobilisation au départ improbable, mais ayant su articuler dans le temps recours juridiques, contre-expertise citoyenne, mobilisations de masse, occupations légales, occupations illégales, résistance aux tentatives d’expulsions policières. Le renoncement du gouvernement est du à la force de cette mobilisation qui a su faire de sa diversité une force, en construisant des alliances entre paysans, zadistes, syndicalistes CGT Vinci et Aéroport du Grand Ouest, naturalistes, ONGs et élu.es, soutenu par un large mouvement en France. Enfin, elle consacre l’enracinement des préoccupations environnementales dans la société et renforce celles et ceux qui sont en lutte contre d’autres projets inutiles et leur monde destructeur de lien social et de terres agricoles.

Nous pouvons nous féliciter de l’abandon de ce projet climaticide et destructeur de terres agricoles, et soutenir la revendication de l’ensemble des composantes du mouvement pour offrir un avenir à la Zad, à l’image de ce qui a su être fait sur le plateau du Larzac dans les années 80. Les menaces du gouvernement d’expulsion de la Zad doivent être condamnées et des négociations doivent s’ouvrir pour offrir un avenir à ce territoire préservé. Pour ouvrir cette perspective, il est important que la journée du 10 février soit particulièrement suivie et qu’elle soit soutenue par la FSU.

2018, année du bouleversement des services publics et de la fonction publique ?
Il y a d’abord action publique 2022, et cette volonté de « réinterroger » l’action publique dont l’objectif avoué est le transfert de missions au secteur privé, voire leur abandon pur et simple au prétexte « de réduire les coûts ». Pour illustration on voit quel en est le résultat dans le domaine de la santé sanitaire des aliments avec le scandale du lait infantile LACTALIS contaminé à la salmonelle, résultat de plusieurs années de centaines de suppressions de poste avec transfert des missions de contrôles en direction des professionnels eux-mêmes.

S’agissant des forums Action Publique 2022, ils sont déjà des non événements, leur raison d’être n’est que de servir de faire valoir à un prétendu dialogue social qui n’existe pas.
La réorganisation territoriale se poursuit, notamment dans le cadre de la métropolisation, avec le projet de suppressions de départements et de mise à mal des services publics de proximité et de leurs personnels. Externalisation, privatisation… la machine est en marche, à mettre en lien avec le projet de loi « Pour un état au service d’une société de confiance » qui prône notamment une dématérialisation à tout va, entraînant souvent une dégradation conséquente de la relation aux usager-es et de l’accompagnement auquel ils/elles ont droit, comme c’est déjà le cas à Pôle Emploi.
En parallèle, le gouvernement tente de mettre le pied dans la porte des recrutements et du statut en voulant imposer des recrutements par contrat au ministère de la défense.
Si l’on ajoute le gel du point, de PPCR et le retour de la journée de carence comme cadeau des étrennes, tout est en place ou presque pour mettre à mal les services et la fonction publique.
Les attaques visent les personnels, mais le projet du gouvernement est bien, à travers elles, de porter un coup fatal aux services publics : c’est une remise en cause en profondeur de notre modèle social.

Dans l’éducation également. Focus…
La méthode Macron est reprise allègrement pas Blanquer qui n’a eu de cesse, depuis son arriver à la tête du ministère, d’asséner les fondamentaux de sa politique éducative : resserrement sur les fondamentaux, individualisation des parcours et des apprentissages, externalisation du traitement de la difficulté scolaire, pilotage par l’évaluation du système, réassignation du métier d’enseignant-e et assujettissement des pratiques… .
De la maternelle à l’université, le gouvernement déploie une politique cohérente, régressive, dans la continuité des politiques les plus libérales menées dans les années 2000 et dont les conséquences peuvent être largement anticipées : les inégalités scolaires vont augmenter. Le poids des déterminismes sociaux dans la réussite scolaire sera renforcé. Et les élèves issus des milieux populaires seront les principales victimes de sa vision ségrégative du système scolaire.

L’école primaire a été le premier objet de ses attaques. La mise en place des CP à 12 en REP et REP + se fait sur les cendres du dispositif PDMQDC, et au dépend des effectifs dans les autres classes et écoles, des moyens de remplacement et des RASED. Elle s’accompagne avec la multiplication des évaluations nationales, l’imposition de méthodes de lecture et la diffusion de « bonnes pratiques » élaborées par des comités d’expert à la composition idéologiquement marquée, d’une mise sous tutelle de l’agir enseignant.
Aujourd’hui ce sont la maternelle, le lycée et l’université qui sont l’objet d’attaques.
L’installation de Boris Cyrulnik à la tête des « assises de la maternelle » dont les propos sur la professionnalité enseignante sont plus qu’inquiétants, et l’affirmation que la maternelle doit être « l’école de la bienveillance et du langage » sont les marqueurs de régressions majeures à venir pour cette école.

La mission Mathiot a tracé pour le lycée quelques pistes, toutes dramatiques : le lycée modulaire met en place une individualisation des parcours très inégalitaire dans ses effets sociaux et territoriaux ; la réforme du bac qui réduit les épreuves terminales à la portion congrue déverrouille le système, autorisera toutes les déréglementations et installera une école à plusieurs vitesses.
Articulé avec Parcoursup qui acte la généralisation du caractère sélectif de l’enseignement supérieur, c’est à la fin du bac comme premier grade universitaire, permettant l’accès à la filière du supérieur de son choix, auquel on assiste.
Sous prétexte de lutter contre l’échec à la fac, on assiste à la mise en place d’un système de tri des futur-es étudiant-es qui aboutira à une inscription dans la filière de leur choix pour les meilleur-es bachelier-es et une inscription là où il faut combler des places vacantes pour les autres. Les attendus produits pour les différentes filières prenant en compte des éléments qui sont de forts marqueurs sociaux, ce sont encore les élèves issus des classes populaires qui paieront le prix de cette réforme.

On retrouve un résumé du projet pour l’école de Jean-Michel Blanquer dans la mise en place du Conseil scientifique sous la présidence de Stanislas Dehaene. La moitié des membres de la liste sont issus des sciences cognitives. Des pans entiers de la recherche en sciences de l’éducation sont absents de ce conseil, comme les didactiques disciplinaires ou la sociologie des apprentissages.
Alors qu’il met en place ce conseil et prétend prendre appui sur les résultats de la Recherche, Blanquer ne fait aucun cas de la formation (initiale comme continue) des personnels.

L’ensemble de ces réformes se déploient dans un contexte d’austérité budgétaire rendu évident par les opérations de carte scolaire dans le premier degré et d’attribution des DHG dans le secondaire, ainsi que les dotations aux établissements d’enseignement supérieur. La hausse démographique dans le second degré se solde par une baisse de postes et celle dans le supérieur par un budget qui n’assure même pas la totalité des coûts supplémentaires simplement liés à l’augmentation des effectifs étudiants… La baisse des moyens alloués en lycée concrétise la diminution des horaires disciplinaires voulue par la réforme du lycée. Dans le premier degré, les créations de postes sont insuffisantes au regard du nombre de dédoublement des CP et CE1 et vont conduire à une dégradation des conditions de scolarisation aux autre niveaux et dans les écoles hors REP.
Les conditions de travail et d’études seront encore dégradées, ce qui pénalisera, une fois encore, les élèves les plus fragiles, plus souvent issus des milieux populaires. La démocratisation du système scolaire n’est pas de mise avec ce gouvernement.
Parallèlement, il développe, à travers le chantier sur l’apprentissage, sa volonté de privilégier tous azimuts cette voie de formation : c’est une menace très claire sur l’existence de l’enseignement professionnel et du Bac pro en tant que diplôme national. Là encore, les élèves des milieux populaires, majoritaires dans ces filières, feront les frais de ces choix.

La FSU doit informer, alerter, mobiliser la profession sur les modifications profondes qui s’opèrent à l’encontre du service public d’éducation : moins d’égalité, et plus de sélection à tous les niveaux ! Elle doit se saisir de toutes les occasions pour dénoncer cette politique et en convaincre les parents d’élèves.
Il faut pour cela engager une démarche la plus unitaire possible, mêlant organisations de jeunesse, fédérations de parents, organisations syndicales, mouvements pédagogiques à même de mettre à nue les déterminants idéologiques de Blanquer, pour que vive dans la profession et dans le débat public un discours d’opposition au gouvernement et d’affirmation des choix nécessaires à la démocratisation du système scolaire. La FSU doit également se saisir, en les articulant au mieux avec les partenaires disponibles, des différentes journées d’action proposées début février pour rendre visible la contestation des politiques à l’œuvre en matière d’éducation et lui permettre ainsi de s’amplifier.

Changer de rythmes
Absence presque totale d’opposition, profonde division syndicale… Alors que toutes les raisons de combattre ce gouvernement sont plus que réunies, nous devons déplorer une difficulté certaine à mobiliser la population : parce que la politique mise en œuvre, qui semble procéder parfois du « bon sens », n’est pas simple à déconstruire dans l’opinion et parfois même chez nos collègues et parce que le syndicalisme est divisé, parce que le poids des défaites sociales accumulées fragilise le mouvement social… Macron a de beaux jours devant lui pour poursuivre sa politique dont les déclinaisons dans tous les secteurs sont fondées sur le même modèle : rapidité dans les réformes engagées, évitement des diverses formes de dialogue social et sourde-oreille à tout discours oppositionnel.
Pourtant, face aux régressions en cours, la responsabilité du syndicalisme est immense : la fédération doit donc poursuivre sa tâche, pas à pas, pour construire une opposition au libéralisme et faire entendre la voix des salarié-es.
Pour déconstruire la politique gouvernementale, elle ne doit laisser passer aucune attaque sans une réaction déterminée ; pour avancer des alternatives aux mesures annoncées, elle doit également s’inscrire dans des actions combatives (seules à même de porter la gravité des attaques à l’attention de la population), comme par exemple la grève dans la FP et/ou l’éducation, participer à la construction de campagnes d’opinion sur le code du travail, sur la dette, sur le rôle de l’impôt, du Service Public, passer à l’offensive dans la campagne « 1 million d’emplois pour le climat », ….

Il est temps pour les organisations syndicales et le mouvement social de réaffirmer une ligne et une orientation précise, de dépasser la réaction simple aux politiques et mesures mises en œuvre pour porter dans l’opinion et auprès des usager-es leur propre vision des services publics, la nécessité d’une fonction publique de qualité et le développement d’un système éducatif qui permette la réussite de toutes et tous, pour s’en tenir à ces simples sujets.
Sur la fonction publique, il est urgent de donner la suite attendue au 10 octobre par une grève de toutes les orgas qui ont la volonté de dénoncer et de s’opposer la logique gouvernementale. Et si cette journée peut être insuffisante dans le rapport de force et devra voir des suites être envisagées au plus vite, elle participera de la nécessaire alerte à porter auprès des agent-es et de la population quant aux projets néfastes à l’œuvre pour toutes et tous. Au-delà, et dans la même logique, il y a urgence à reprendre la main et à porter dans l’opinion publique ce que nous portons comme projet pour une société plus juste et plus égalitaire.
Les initiatives lancées par la Convergence nationale des services publics, (qui regroupe des organisations syndicales, politiques, associatives , et des collectifs locaux), contre le plan action publique 2022 peuvent contribuer à mener cette campagne. La consultation alternative à celle de l’exécutif, le colloque national du 24 mars pour contrecarrer la restitution gouvernementale doivent être pleinement investis par les forces de transformation sociale.

Il y a urgence à affronter ce gouvernement et sa politique pour enfin pouvoir envisager mettre un terme au rouleau compresseur à l’œuvre. Et pour construire un véritable rapport de forces et donner des perspectives de victoire, elle doit chercher à construire au quotidien le rassemblement syndical des forces de transformation sociale avec la CGT et Solidaires, dans un cadre de travail et de réflexion pérenne. C’est cette posture offensive et ouverte sur la volonté de résister et combattre avec d’autres qui permettra également de donner une voix forte et offensive à la FSU dans la perspective des élections professionnelles.


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